En Afghanistan, un nouveau décret assimile le silence des mineures à un consentement au mariage. Une disposition vivement critiquée par l’ONU, qui y voit une violation grave des droits humains. Depuis 2021, les restrictions visant les femmes se multiplient, et cette mesure marque un tournant inquiétant : la légalisation implicite du mariage forcé des filles, pourtant interdit par les conventions internationales.

Une petite fille et une femme sur le site d’une frappe aérienne survenue dans un centre de désintoxication à Kaboul, en Afghanistan, le mardi 17 mars 2026. © Photo AP/Siddiqullah Alizai
Un décret promulgué à la mi-mai par les autorités talibanes en Afghanistan suscite une vive inquiétude au sein de la communauté internationale. Le texte stipule qu’en cas de mariage arrangé par un père ou un grand-père, le silence d’une jeune fille équivaut à un consentement. Une disposition qui ouvre la voie à une reconnaissance juridique du mariage des mineures.Ce code de 31 articles, officiellement destiné à encadrer les procédures de séparation entre époux, ne fixe aucun âge minimum pour le mariage.
Il prévoit en revanche les conditions dans lesquelles des unions impliquant des enfants peuvent être conclues ou annulées. Pour les observateurs, cette absence de limite claire constitue une rupture majeure avec les législations précédentes.
Une régression juridique assumée
Avant le retour des talibans au pouvoir en 2021, la loi afghane fixait l’âge minimum du mariage à 16 ans pour les filles et criminalisait les unions forcées. Le nouveau décret s’en éloigne radicalement en reconnaissant la validité de contrats conclus au nom de mineurs.Plus préoccupant encore, le texte introduit une différence explicite entre les sexes : le silence d’une fille vierge est interprété comme une acceptation, tandis que cette logique ne s’applique pas de la même manière aux garçons. Cette asymétrie consacre une inégalité juridique structurelle.
Pour les Nations unies, cette évolution s’inscrit dans une dynamique globale d’érosion des droits des femmes. Depuis 2021, les Afghanes ont été progressivement exclues de l’éducation secondaire, de nombreux emplois et de l’espace public.
Le mariage forcé institutionnalisé
Dans certaines régions, des promesses de mariage entre familles existent de longue date. Mais jusqu’ici, elles n’avaient pas valeur de contrat immédiat. Le décret leur confère désormais une reconnaissance légale.Le texte prévoit bien la possibilité pour une jeune fille d’annuler ce mariage une fois la puberté atteinte, mais cette procédure reste conditionnée à une décision judiciaire.
Dans un contexte où l’accès à la justice est limité, cette disposition apparaît largement théorique.Par ailleurs, les conditions de séparation restent plus contraignantes pour les femmes que pour les hommes. Elles doivent fournir plusieurs témoignages pour justifier leur demande, tandis qu’un mari peut plus facilement s’y opposer.
Un enjeu universel de droits humains
Au-delà de l’Afghanistan, ce décret pose une question fondamentale : celle de l’universalité des droits humains. Le consentement libre et éclairé est au cœur des conventions internationales, notamment en matière de mariage et de protection des enfants.
Assimiler le silence à un accord revient à nier la parole des filles, leur autonomie et leur dignité. C’est aussi ignorer que le consentement ne peut exister sans liberté réelle de refuser. Pour de nombreuses organisations de défense des droits humains, cette mesure constitue une violation directe des droits fondamentaux des femmes et des enfants, et un précédent dangereux dans la reconnaissance juridique des inégalités de genre.


