Analyse | Justice de Genre & Violences Sexuelles | Terre & Femme — Mai 2026
Il y a des affaires judiciaires qui défient la capacité humaine à trouver les mots justes. L’affaire HOUEGNON Samikpo Eugène en fait partie. Dans sa rubrique régulière INF , Échos de la CRIET, dédiée à l’actualité judiciaire des violences sexuelles faites aux filles, l’Institut National de la Femme (INF) du Bénin a rendu publiques les conclusions d’un dossier d’une gravité exceptionnelle : un homme a été condamné à sept ans d’emprisonnement pour des violences sexuelles perpétrées sur un nourrisson de quatorze mois.
Quatorze mois. L’âge où un enfant commence à peine à marcher, à découvrir le monde, à construire sa confiance dans les adultes qui l’entourent. L’âge où l’on est, par définition, dans l’absolue dépendance et l’absolue vulnérabilité.Terre & Femme publie cette affaire non pas pour satisfaire une fascination morbide, mais parce que le silence autour de tels crimes est lui-même une violence. Parce que, comme l’affirme Flore DJINOU, Secrétaire Exécutive de l’INF : « Le comportement d’un prédateur se nourrit de l’omerta. Face à de tels signaux, se taire, c’est devenir complice. »
CE QUE LA JUSTICE A ÉTABLI
Dans le cadre de la procédure judiciaire enregistrée sous la formulation “Affaire MP, INF et victime contre HOUEGNON Samikpo Eugène” — où MP désigne le Ministère Public, et l’INF s’est constitué partie civile aux côtés de la victime —, la juridiction compétente a reconnu le prévenu coupable de violences sexuelles sur mineur de quinze ans, en l’espèce un nourrisson de quatorze mois.La peine prononcée est de sept ans d’emprisonnement.En ouverture de son allocution, la Secrétaire Exécutive de l’INF a présenté une radiographie médicale — preuve matérielle des atteintes à l’intégrité corporelle de l’enfant.
Ce choix délibéré de rendre visible la réalité des blessures, dans le respect de l’anonymat de la victime, est une décision éditoriale forte. Elle dit ceci : les violences sexuelles sur nourrissons ne sont pas une abstraction. Elles laissent des traces dans la chair, dans les os, dans le corps d’un être qui n’a pas encore les mots pour dire ce qu’il a subi.
Le silence, terreau des violences les plus extrêmes
« Le comportement d’un prédateur se nourrit de l’omerta. Face à de tels signaux, se taire, c’est devenir complice. » Cette déclaration de Flore Djinou résume l’enjeu central de cette affaire.Les violences sexuelles sur les très jeunes enfants restent parmi les plus sous-déclarées.
Dans la majorité des cas documentés en Afrique de l’Ouest, les auteurs appartiennent à l’entourage immédiat : famille, voisins, connaissances proches. Ce facteur rend le signalement encore plus difficile.Ici, l’absence de parole de la victime — liée à son âge — renforce la nécessité d’une vigilance collective. Ce sont souvent les signes médicaux ou les observations de tiers qui permettent de déclencher l’alerte.
Le silence n’est pas une absence de réaction. Il devient un mécanisme qui protège les agresseurs.
Justice rendue, mais protection encore fragile. Si la condamnation constitue une étape importante, elle ne règle pas tout. Elle pose au contraire des questions structurelles :Comment détecter plus tôt ces violences sur des enfants qui ne peuvent pas témoigner ?Les centres de santé sont-ils suffisamment formés pour identifier ces cas ?Les dispositifs de prise en charge psychologique existent-ils réellement pour des victimes aussi jeunes ?
L’Institut National de la Femme rappelle l’existence de ses mécanismes d’alerte, notamment la ligne gratuite 114 et le canal WhatsApp, destinés à faciliter les signalements.Mais au-delà des outils, c’est une culture de protection qu’il faut construire. Une société où chaque signe suspect déclenche une réaction, et non un doute.
Nommer pour protéger
Cette affaire n’est pas un simple fait divers. Elle met en lumière une réalité rarement évoquée : les violences sexuelles peuvent atteindre les plus vulnérables, y compris les nourrissons.
En rendant cette décision publique, les institutions posent un acte essentiel : reconnaître, nommer, et rappeler que ces crimes ne resteront pas invisibles.Car dans ce combat, informer n’est pas seulement un devoir journalistique.C’est un acte de protection.


