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La sextorsion n’est pas une fatalité

Quand l’intimité devient un instrument de chantage, la honte ne doit pas enfermer la victime dans le silence.

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 2 octobre 2026 · 4 min de lecture

La sextorsion n’est pas une fatalité

Quand l’intimité devient un instrument de chantage, la honte ne doit pas enfermer la victime dans le silence. Comprendre le mécanisme, préserver les preuves et connaître les voies de recours permettent de reprendre progressivement le contrôle de la situation.Tout peut commencer par une conversation ordinaire.Un échange sur un réseau social. Une rencontre virtuelle. Une relation qui se construit à distance. Puis viennent les confidences, les messages privés, parfois les photographies ou les vidéos intimes échangées dans ce qui semblait être un espace de confiance.Et soudain, le rapport change.

Le message n’est plus affectueux. Il devient une menace : « Si tu ne paies pas, j’envoie les images à tes procℎes. »« Si tu ne m’envoies pas une autre vidéo, je publie celle-ci. »« Si tu bloques mon compte, tout sera diffusés. »

À partir de cet instant, l’intimité devient un instrument de contrainte.Cette situation relève de ce que l’on désigne couramment comme la sextorsion, lorsqu’un contenu intime est utilisé pour exercer un chantage, obtenir de l’argent, de nouveaux contenus ou satisfaire une autre exigence sous la menace d’une divulgation.

Une image privée n’est pas un blanc-seingUne photographie intime peut avoir été envoyée volontairement.Une personne peut avoir accepté un appel vidéo.Elle peut même avoir entretenu une relation intime avec celui qui détient désormais les images.Mais aucune de ces circonstances ne transforme cette confiance en autorisation de diffusion.Partager une image dans un cadre privé ne signifie pas consentir à sa publication, à sa transmission à des tiers ou à son utilisation comme moyen de pression.

La victime peut avoir pris une décision qu’elle regrette aujourd’hui. Elle peut reconnaître qu’elle aurait préféré ne jamais envoyer cette photographie ou accepter cet appel. Cela ne fait pas disparaître le comportement ultérieur de celui qui utilise le contenu pour menacer, contraindre ou obtenir quelque chose.Le problème n’est donc pas simplement l’existence de l’image.

Le problème est l’usage qui en est fait.Cette protection de l’intimité s’inscrit d’ailleurs dans le cadre plus large de la protection des données personnelles et de la vie privée prévue par le Code du numérique béninois.

La loi n° 2017-20 du 20 avril 2018 établit un cadre légal relatif à la collecte, au traitement, à la transmission, au stockage et à l’utilisation des données à caractère personnel, avec pour objectif notamment la protection de la vie privée et des droits fondamentaux.

Le piège : payer dans l’espoir de faire cesser le chantage.La première réaction d’une victime peut être de vouloir faire disparaître immédiatement le danger.Elle paie.Elle envoie une nouvelle photographie.Elle promet de ne parler à personne.Elle demande à l’auteur de supprimer les contenus.Elle pense ainsi pouvoir récupérer le contrôle de la situation.Mais le chantage possède une logique particulière : l’exigence initiale peut devenir le point de départ d’une nouvelle exigence.

Une première somme peut être suivie d’une deuxième.Une première photographie peut entraîner une demande supplémentaire.Une menace peut être remplacée par une autre.Le mécanisme se nourrit alors de la peur elle-même.C’est pourquoi la victime ne doit pas être enfermée dans une lecture morale de ce qui lui arrive.

La question n’est pas seulement : « Pourquoi a-t-elle envoyé cette image ? »La question essentielle est plutôt :« Que peut-elle faire maintenant pour se protéger et interrompre le mécanisme du chantage ? »Cette inversion du regard est importante. Elle permet de passer de la culpabilisation à la prise en charge.

La honte pousse souvent à l’isolement. Or l’isolement constitue précisément un terrain favorable au chantage.Sortir du piège : reprendre progressivement le contrôleIl n’existe pas de geste magique permettant d’effacer instantanément les conséquences d’une sextorsion. En revanche, plusieurs réflexes peuvent limiter l’emprise du maître-chanteur et faciliter le signalement.

Le paiement n’offre aucune garantie que le maître-chanteur cessera ses menaces.Il est donc essentiel de ne pas multiplier les concessions sous la pression : ne pas envoyer de nouveaux contenus intimes et ne pas alimenter indéfiniment la négociation.Préserver les tracesLa peur peut pousser à supprimer immédiatement les conversations ou le compte concerné.Il vaut mieux, lorsque cela est possible et sans se mettre davantage en danger, conserver les éléments permettant de documenter les faits : captures d’écran, messages, numéros de téléphone, identifiants des comptes, liens vers les profils, dates et heures des échanges, demandes d’argent et éventuelles preuves de paiement.Ces éléments peuvent être utiles aux personnes chargées de traiter le signalement.

Ne pas rester seul(e)La sextorsion exploite l’intimité, mais elle prospère également sur le silence.Parler à une personne de confiance peut permettre de sortir de l’isolement et de réfléchir plus sereinement aux démarches à entreprendre.

Pour une victime, demander de l’aide n’est donc pas reconnaître une faute. C’est commencer à reprendre prise sur une situation dans laquelle une autre personne tente précisément de lui confisquer cette capacité d’agir.Au Bénin, des voies de recours existentUne victime de sextorsion peut se tourner vers les structures compétentes plutôt que de rester seule face au maître-chanteur.

Le Centre national d’investigations numériquesLe Centre national d’investigations numériques (CNIN) dispose d’un mécanisme de dépôt de plainte. Son site officiel indique notamment l’adresse plaintes@cnin.bj pour déposer une plainte.La victime peut également se rapprocher du commissariat de police le plus proche afin de signaler les faits et d’être orientée vers les démarches appropriées.

L’Institut National de la FemmePour les victimes , l’Institut National de la Femme (INF) propose des dispositifs d’écoute, d’orientation et d’accompagnement.

Contactez l’INF via: :

114 — appel gratuitWhatsApp : (+229) 01 51 07 88 88

La sextorsion peut provoquer la peur, l’isolement et un profond sentiment d’impuissance. Mais elle n’a pas à devenir une fatalité. Si vous en êtes victime ou témoin, ne restez pas silencieux : conservez les preuves, cherchez de l’aide et signalez les faits aux structures compétentes.

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