
Nairobi, 26 décembre 2025. Le jour où elle devait dire « oui » à l’autel de la cathédrale All Saints, à Nairobi, Terry Gobanga a vu sa vie basculer dans une violence extrême. Enlevée à l’aube, agressée sexuellement par plusieurs hommes et laissée pour morte au bord d’une route, cette pasteure kényane a survécu à l’indicible.
Vingt ans plus tard, elle est devenue une voix majeure de soutien aux survivantes de violences sexuelles en Afrique de l’Est.Ce témoignage, publié par la BBC, dépasse le récit personnel. Il met en lumière la résilience d’une femme qui a refusé d’être réduite à son statut de victime, dans un contexte où les violences sexuelles restent largement sous-déclarées et rarement sanctionnées.
Une violence extrême, un silence institutionnel
Selon son récit, l’agression survient quelques heures avant la cérémonie de mariage. Kidnappée alors qu’elle rentrait chez elle, Terry Gobanga est retrouvée inconsciente à plusieurs kilomètres de Nairobi. Les secours la croient morte et s’apprêtent à la conduire à la morgue avant de constater qu’elle est encore en vie.Hospitalisée en urgence, elle apprend que les blessures subies compromettent sa capacité à avoir des enfants.
Les agresseurs, eux, ne seront jamais arrêtés. À plusieurs reprises, les convocations policières ravivent le traumatisme sans faire avancer l’enquête.Cette absence de justice reflète une réalité persistante au Kenya : selon des ONG locales, la majorité des plaintes pour viol n’aboutissent pas, en raison du manque de preuves, de la stigmatisation sociale et des failles du système judiciaire.
De la stigmatisation sociale à la reconstruction
À sa sortie de l’hôpital, Terry Gobanga doit affronter un autre combat : celui du regard social. Certaines voix l’accusent, d’autres la disent « maudite ». La pression médiatique est intense. Son mari, Harry, l’épouse malgré tout, mais décède quelques semaines plus tard dans un accident domestique lié à une intoxication au monoxyde de carbone.
Cette seconde tragédie plonge la jeune femme dans un profond isolement. Exclue, soupçonnée, elle traverse une longue période de deuil et de remise en question. « J’étais vivante, mais intérieurement effondrée », confie-t-elle.C’est progressivement, au fil des années, qu’elle reconstruit son identité, refuse la culpabilité imposée et choisit de reprendre la parole.
Une femme impactante au service des survivantes
Aujourd’hui, Terry Gobanga est mariée et mère de deux enfants, contre tous les pronostics médicaux. Elle est surtout fondatrice de l’ONG Kara Olmurani, qui accompagne des survivantes de violences sexuelles à travers un suivi psychologique, social et communautaire.
Elle insiste sur le choix des mots : « survivantes » plutôt que « victimes ». Un positionnement fort, qui replace les femmes au centre de leur propre reconstruction.Autrice du livre Crawling Out of Darkness (Sortir des ténèbres), elle milite pour une prise en charge plus humaine des violences sexuelles, un accès effectif à la justice et la création de refuges sécurisés.
Son engagement fait d’elle une figure inspirante pour de nombreuses femmes en Afrique, là où la parole reste encore entravée par la peur et le jugement.

