Santé et droits sexuels

Au CEG 1 de Bassila, les règles éloignent encore des filles de l’école : quand l’hygiène menstruelle devient une question de droits

Au CEG 1 de Bassila, environ 1 100 filles sur les 2 250 élèves sont confrontées, pendant leurs menstruations, à des conditions qui compliquent leur maintien en classe : manque de toilettes adaptées, absence d’eau et…

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 10 août 2026 · 4 min de lecture

Au CEG 1 de Bassila, les règles éloignent encore des filles de l’école : quand l’hygiène menstruelle devient une question de droits


Au CEG 1 de Bassila, environ 1 100 filles sur les 2 250 élèves sont confrontées, pendant leurs menstruations, à des conditions qui compliquent leur maintien en classe : manque de toilettes adaptées, absence d’eau et difficultés à se changer en toute intimité. Pour ces adolescentes, avoir ses règles peut signifier quitter l’école, perdre des heures de cours et subir la peur du regard des autres. Une situation qui pose une question de santé, de dignité, mais aussi d’égalité entre les filles et les garçons.

Quand avoir ses règles signifie rentrer chez soi

« Si c’est venu très tôt dans la matinée, après avoir quitté la maison pour être déjà au cours, je demande la permission pour rentrer. »

Le témoignage d’une élève du CEG 1 de Bassila résume une situation vécue par plusieurs adolescentes de l’établissement. Lorsqu’elles ont leurs règles, certaines doivent choisir entre rester en classe malgré l’inconfort et le risque de tacher leur uniforme, ou rentrer chez elles.

Une autre élève explique que l’absence de toilettes adaptées ne lui permet pas de se changer correctement. Les installations disponibles ne garantissent ni intimité, ni conditions satisfaisantes pour gérer les menstruations.

Pour les adolescentes dont les règles sont abondantes ou accompagnées de douleurs, la situation devient encore plus difficile.

Le problème dépasse donc la simple question du confort. Une fille qui doit quitter régulièrement son établissement parce qu’elle a ses règles perd des heures d’apprentissage que ses camarades continuent d’accumuler.

Une question de santé, d’intimité et de dignité

Le manque d’eau et d’infrastructures sanitaires adaptées constitue également un enjeu de santé publique.

La gestion de l’hygiène menstruelle nécessite notamment de pouvoir accéder à des installations propres, à l’eau et à un espace suffisamment intime pour changer ou nettoyer sa protection. L’UNICEF rappelle que la santé menstruelle concerne à la fois l’accès aux produits, à l’eau, à l’assainissement, à l’information et à un environnement permettant de vivre ses menstruations dans la dignité.

Au CEG 1 de Bassila, le directeur reconnaît l’insuffisance des infrastructures. L’établissement dispose de robinets, mais l’approvisionnement en eau ne permet pas toujours leur utilisation.

Cette situation expose les élèves à des pratiques d’hygiène difficiles et peut accroître les risques sanitaires lorsqu’une protection menstruelle ou du matériel réutilisable est mal entretenu.

Mais il existe aussi une dimension psychologique.
La peur d’une tache visible, les regards des camarades et la honte peuvent conduire certaines filles à s’isoler ou à quitter l’établissement. Le psychopédagogue interrogé dans le reportage estime que cette situation peut affecter leur concentration, leur participation en classe et, à terme, leurs résultats scolaires.

Quand les règles deviennent un obstacle scolaire

Les menstruations sont un phénomène biologique normal. Pourtant, dans un environnement scolaire mal équipé, elles peuvent devenir un facteur supplémentaire d’inégalité.

Une fille qui manque plusieurs heures ou plusieurs journées de cours doit ensuite récupérer les leçons, les exercices et les évaluations. Cette accumulation peut affecter son parcours scolaire.

Au Bénin, l’enjeu du maintien des filles à l’école est déjà important. Une étude de l’UNICEF et de la Banque mondiale souligne que maintenir les filles dans le système éducatif constitue un levier majeur contre le mariage des enfants et les grossesses précoces, tout en améliorant les perspectives de santé et de développement.

Dans ce contexte, permettre à une adolescente de gérer ses menstruations à l’école n’est donc pas un luxe. C’est une condition parmi d’autres de son droit à une éducation de qualité.

Construire des écoles où les filles peuvent rester

Le directeur du CEG 1 de Bassila appelle à un soutien des autorités, des parents et des partenaires pour améliorer les infrastructures. Son constat est clair : sans ressources et sans eau, l’établissement ne peut offrir les conditions sanitaires souhaitées.

Le Bénin et ses partenaires ont pourtant déjà engagé des initiatives dans ce domaine. En 2022, l’UNICEF et le Gouvernement avaient distribué 56 000 kits de gestion de l’hygiène menstruelle à 14 000 adolescentes de 51 collèges du Zou. Plus récemment, les actions autour de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement dans les écoles continuent d’intégrer l’égalité de genre comme un objectif.

L’enjeu est désormais de faire en sorte que ces efforts atteignent durablement les établissements qui en ont besoin.

Une école adaptée aux filles ne doit pas seulement avoir des salles de classe. Elle doit aussi disposer de toilettes séparées et adaptées, d’eau disponible, de possibilités de changement en toute intimité, de dispositifs de gestion des déchets menstruels et d’une information correcte sur la santé menstruelle.Car les règles ne devraient jamais être une raison de manquer l’école.

Pour une fille, pouvoir avoir ses menstruations à l’école sans honte, sans peur et sans devoir rentrer chez elle est aussi une question de liberté, de dignité et d’égalité.

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