
Kpalimé, Togo , du 12 au 16 août 2025. Pendant cinq jours, la 7ᵉ édition de la Week-Eco a rassemblé des centaines de jeunes francophones, experts, associations et acteurs publics autour d’un même objectif : réfléchir et agir face aux défis environnementaux à l’ère du numérique. Organisé par Ecolotrip et ses partenaires, l’événement a marqué une décennie d’initiatives écocitoyennes et a placé la jeunesse au centre des réponses à apporter aux urgences climatiques.
Le numérique, un levier pour la gouvernance environnementale
Dès le deuxième jour, les ateliers se sont concentrés sur l’articulation entre numérique et environnement. Les participants ont d’abord travaillé sur l’inclusion numérique et beaucoup d’autres ateliers, en particulier dans les zones rurales, afin de donner à toutes et tous les moyens d’accéder aux outils de suivi environnemental et aux plateformes de participation citoyenne.
Un second temps a permis d’aborder la justice environnementale, concept qui relie équité sociale et protection des ressources. Selon les intervenants, la transition écologique ne saurait être durable sans prendre en compte les inégalités existantes, qu’il s’agisse de l’accès à l’eau, à la terre ou aux énergies renouvelables. Le mécanisme de compensation carbone a également été présenté comme un outil à développer pour équilibrer les émissions, même si beaucoup de jeunes participants ont souligné la nécessité d’en vulgariser davantage le fonctionnement.
Le troisième jour, les regards se sont tournés vers le Nexus eau–environnement et plusieurs autres ateliers. À travers les interventions de l’expert Kemy Elary et du consultant Emmanuel Codjo, il a été démontré que le numérique peut transformer la gouvernance locale. Cartographie digitale des ressources, suivi de la qualité de l’eau par capteurs, utilisation de données satellites ou encore applications mobiles pour signaler les pollutions : autant de solutions qui renforcent la transparence et la participation citoyenne.
Ces échanges ont rappelé que si la technologie ouvre de nouvelles perspectives, son impact dépend de sa diffusion et de sa capacité à inclure les groupes les plus marginalisés, en particulier les femmes rurales. Pour de nombreux participants, l’accès équitable aux outils numériques est une condition essentielle de la justice climatique.
Des actions écocitoyennes au cœur de la ville
La Week-Eco n’est pas restée confinée aux salles de conférence. Le quatrième jour, les organisateurs ont choisi d’emmener les participants dans les rues de Kpalimé pour une série d’actions écocitoyennes. Une marche a d’abord conduit les délégations à la mairie, où un échange avec le maire a permis de mettre en avant l’importance de l’engagement local dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Les jeunes ont ensuite participé à des séances de reboisement, rappelant l’importance de la restauration des écosystèmes face à la déforestation. Une activité intitulée Ville propre + chasse aux trésors a permis de combiner sensibilisation, collecte de déchets et animation ludique, confirmant que l’écocitoyenneté se nourrit aussi de créativité et d’appropriation collective.
L’après-midi a été consacré à la visite d’initiatives vertes et de sites touristiques locaux. Cette immersion a mis en lumière la richesse écologique et culturelle du Togo, qui combine patrimoine naturel et traditions vivantes. En soirée, une rencontre culturelle a rassemblé les participants autour d’une soirée traditionnelle, renforçant les liens entre la dimension environnementale et l’identité locale.
Au-delà du symbolisme, cette journée a illustré une constante : la lutte contre les changements climatiques doit s’ancrer dans les territoires et mobiliser les communautés à travers des gestes concrets. Les activités citoyennes, lorsqu’elles sont intégrées au tissu social, permettent de renforcer l’adhésion et de donner une dimension collective à l’action environnementale.
Une jeunesse francophone porteuse d’engagements.
La dernière journée a été consacrée à la synthèse et aux perspectives. Une séance plénière d’évaluation a permis aux différents groupes de partager leurs retours et leurs propositions. Puis, le Mur d’engagement a invité chaque participant à inscrire une promesse en faveur de l’environnement. Ces messages, parfois symboliques, parfois très concrets, témoignent de la volonté de prolonger la dynamique au-delà du forum.Durant les cinq jours, une constante s’est imposée : la jeunesse francophone veut non seulement être entendue mais aussi impliquée dans les processus décisionnels. Plusieurs interventions ont insisté sur la nécessité d’intégrer les jeunes aux politiques publiques, qu’il s’agisse de la gestion des terres, de la gouvernance de l’eau ou des plans climat locaux.La dimension genre a également été au cœur des discussions.
Les interventions des acteurs présents confirment la portée de ce rendez-vous.Emmanuel Codjo, écoblogueur et expert en communication environnementale, qui a animé un atelier sur le numérique au service de l’environnement, souligne :« À la 7ᵉ édition de la Week-Eco, j’ai échangé avec une jeunesse engagée face aux défis climatiques, à la gestion des déchets et à la biodiversité.
Pour lui,Leurs recommandations sont pertinentes et porteuses d’espoir. Elles influenceront les politiques. Mais davantage, il faut que le renforcement des dialogues entre jeunes et institutions soit beaucoup accru pour valoriser les initiatives locales et amplifier leur voix par une communication stratégique. Je m’engage à porter ces idées avec force et créativité pour bâtir ensemble une Afrique résiliente, verte et solidaire. Également, un gros bravo aux organisateurs de ce rendez-vous mondial qui rassemble la voix des jeunes en Afrique francophone. »
Du côté des participants, Kokou Elom Adzohonou, agronome passionné par l’agriculture durable, témoigne :« Ce qui m’a le plus marqué dans cette édition de la Week-Eco, c’est la richesse des échanges et la diversité des idées partagées, notamment autour de l’innovation et de la protection de l’environnement. J’ai compris que chacun, à son niveau, peut apporter un vrai changement. De retour dans ma communauté, je compte prolonger cet engagement en partageant les connaissances acquises, en sensibilisant les jeunes sur l’importance de l’écologie, et surtout en travaillant à développer des projets concrets dans l’agriculture durable et l’énergie verte. »

De nombreux participants, dont le réseau Terre & Femme que j’ai représenté, ont rappelé que les femmes rurales sont en première ligne face aux catastrophes environnementales, tout en étant porteuses de solutions. Leur accès à la terre, leur participation aux décisions et leur formation à l’agroécologie apparaissent comme des leviers essentiels pour bâtir une résilience collective. Enfin, le choix du Togo comme pays hôte a révélé une autre facette du débat : l’importance de valoriser le patrimoine naturel et touristique dans une perspective de développement durable. De la richesse forestière de Kpalimé à la vitalité culturelle de ses communautés, la ville a montré que l’Afrique de l’Ouest dispose d’atouts considérables pour inventer une écologie inclusive et ancrée dans les réalités locales.

