
Né d’un accident de forage dans les années 1970, le cratère de Darvaza, en feu depuis un demi-siècle, pourrait enfin s’éteindre. Alimenté par une fuite massive de gaz naturel, ce site emblématique est devenu un cauchemar climatique. Des données récentes laissent entrevoir un ralentissement du feu.
Au cœur du désert du Karakoum, au Turkménistan, le feu de la Porte de l’Enfer pourrait bientôt se taire. Depuis plus de 50 ans, le cratère de Darvaza brûle sans interruption, libérant d’importantes quantités de méthane dans l’atmosphère. Longtemps ignoré, ce foyer incandescent est aujourd’hui considéré comme l’un des pires symboles de l’empreinte environnementale de l’ère soviétique.
Le cratère, large de 70 mètres et profond de 30, est le résultat d’un accident de forage dans les années 1970. Des géologues soviétiques, en perçant une poche de gaz souterraine instable, auraient provoqué l’effondrement du sol. Craignant une propagation toxique du gaz, ils décidèrent de l’enflammer, estimant que le feu s’éteindrait naturellement après quelques jours. L’incendie dure encore aujourd’hui.
L’origine exacte de l’événement demeure floue. Certains témoignages évoquent une date antérieure, dans les années 1960, et des versions contradictoires subsistent quant à l’inflammation du site. Faute d’archives soviétiques accessibles, le mystère persiste.
Depuis des décennies, le cratère libère du méthane à ciel ouvert, sans système de capture ni traitement. Ce gaz à effet de serre est particulièrement redouté pour son impact climatique, plus fort que celui du dioxyde de carbone. Les tentatives successives d’éteindre les flammes ont échoué, malgré les promesses répétées des autorités turkmènes, notamment en 2010 et 2022.
Le président actuel, Serdar Berdymouhamedov, a affirmé vouloir « mettre fin au brasier ». Mais il se pourrait que la nature elle-même intervienne. Des observations satellites récentes, menées par la société Capterio, montrent une baisse notable de la lueur émise par le cratère. Les équipes sur le terrain confirment cette tendance : le feu, autrefois visible depuis la haute atmosphère, ne l’est désormais qu’à proximité.
Selon Irina Lourieva, directrice de l’entreprise nationale Turkmengaz, « nous avons réussi à contrôler l’alimentation en gaz du cratère, à augmenter l’extraction, et l’intensité diminue ». Ces déclarations, rapportées par le magazine Géo, font naître l’espoir d’une extinction prochaine du brasier. Toutefois, le contexte politique autoritaire du pays invite à la prudence quant à la fiabilité des informations officielles.
Si le feu venait à s’éteindre naturellement, ce serait un soulagement pour les climatologues, tant les émissions du site sont problématiques. Mais rien n’est encore confirmé. Le phénomène pourrait aussi être causé par des variations de pression, des modifications souterraines ou des déplacements de l’alimentation en gaz.
Le cratère de Darvaza reste un rappel saisissant des conséquences d’une gestion désastreuse des ressources naturelles. Et, peut-être, un avertissement.
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