À Savè, dans le département des Collines, les violences basées sur le genre atteignent un niveau alarmant. Entre janvier 2024 et décembre 2025, plus de 600 grossesses précoces et des dizaines de viols sur mineures ont été enregistrés, mettant en lumière une crise profonde de protection des filles et des femmes.
Les chiffres rendus publics par la Direction départementale des Affaires sociales de Savè dressent un constat préoccupant. Au total, 614 grossesses précoces et 38 cas de viols sur mineures ont été officiellement enregistrés sur la période. Parmi les victimes figurent des enfants très jeunes : 20 filles âgées de 10 à 14 ans, 13 adolescentes de 15 à 17 ans, quatre enfants de 4 à 9 ans, et même une fillette de moins de quatre ans.
Des violences systémiques aux conséquences durables
Pour Geneviève Kadoukpè Arawo, directrice départementale des Affaires sociales, ces statistiques sont « glaçantes » et traduisent une urgence sociale majeure. Les violences sexuelles, physiques et socio-économiques identifiées affectent non seulement la santé et l’avenir des victimes, mais fragilisent aussi la cohésion sociale de la commune.Ces situations compromettent l’accès des filles à l’éducation, accentuent leur précarité et perpétuent un cycle de pauvreté et de dépendance, en contradiction avec les engagements nationaux et internationaux en matière de droits humains et d’égalité de genre.
Prévention, protection et responsabilité collective
Face à cette réalité, les acteurs sociaux appellent à une réponse renforcée et coordonnée. Inès Fatokoun, point focal Violences Basées sur le Genre (VBG) dans les Collines, insiste sur la nécessité d’intensifier les actions de prévention et de sensibilisation, en particulier dans les communautés et en milieu scolaire.
Pour Venance Tonongbé, président de l’APMS-Bénin, ces violences « déshumanisent notre société », tandis que la professeure Yvette Onibon, directrice de l’ONG YOD, y voit le symptôme d’une érosion des valeurs de protection de l’enfant et de la femme.
Briser le silence pour protéger les victimes
Dans ce contexte, les autorités et organisations partenaires rappellent l’existence du numéro vert 7344, gratuit et confidentiel, accessible en plusieurs langues nationales. Ce dispositif permet aux victimes ou témoins de signaler les violences et d’être orientés vers les Guichets Uniques de Protection Sociale (GUPS) pour une prise en charge adaptée.
Pour l’ONG Terre et Femme, ces chiffres doivent servir d’alerte : lutter contre les violences basées sur le genre exige des actions durables, une justice effective et un engagement collectif pour garantir aux filles et aux femmes un environnement sûr, digne et respectueux de leurs droits.



