Selon le rapport 2025 du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), les nouveaux plans climatiques nationaux ne permettent de réduire que marginalement les projections de réchauffement mondial. Même si tous les engagements actuels étaient pleinement respectés, la planète se dirigerait encore vers une hausse de température comprise entre 2,3 et 2,5 °C d’ici la fin du siècle, bien au-delà des objectifs de l’Accord de Paris.
Malgré une décennie de sommets climatiques, de promesses politiques et de plans nationaux révisés, la lutte contre le réchauffement climatique reste dramatiquement insuffisante. C’est le constat sans appel dressé par le Rapport 2025 sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), publié le 4 novembre 2025 à Nairobi.
Le document révèle que, même dans l’hypothèse optimiste où toutes les Contributions déterminées au niveau national (CDN) seraient intégralement mises en œuvre, la température moyenne mondiale augmenterait encore de 2,3 à 2,5 °C au cours de ce siècle. Une amélioration à peine perceptible par rapport à l’estimation précédente de 2,6 à 2,8 °C, et très loin de l’objectif de 1,5 °C fixé par l’Accord de Paris.
Des progrès statistiques… mais un impact réel quasi nul
Sur le papier, les chiffres semblent légèrement meilleurs. Dans les faits, l’essentiel de cette « amélioration » ne provient pas d’une ambition climatique accrue.Selon le PNUE, 0,1 °C de la baisse des projections s’explique uniquement par des ajustements méthodologiques. Un autre 0,1 °C pourrait être annulé par le retrait imminent des États-Unis de l’Accord de Paris. Autrement dit, les nouveaux engagements climatiques en tant que tels ont eu un impact presque négligeable.
À la date du 30 septembre 2025, seules 60 Parties à l’Accord de Paris représentant 63 % des émissions mondiales avaient soumis ou annoncé de nouvelles CDN incluant des objectifs d’atténuation pour 2035. Ce faible niveau de participation traduit une mobilisation internationale encore très en deçà des enjeux.
Dans le même temps, les émissions mondiales continuent d’augmenter. En 2024, elles ont progressé de 2,3 %, atteignant un niveau record de 57,7 gigatonnes d’équivalent CO₂. Une trajectoire totalement incompatible avec les objectifs climatiques.Pour rester sur une trajectoire à 2 °C, les émissions mondiales devraient chuter de 25 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2019. Pour viser 1,5 °C, la baisse nécessaire grimpe à 40 %. Or il ne reste plus que cinq ans pour enclencher ce virage.
Le dépassement de 1,5 °C devient quasi inévitable
Le rapport acte désormais une réalité longtemps redoutée par la communauté scientifique : la moyenne multi-décennale de la température mondiale dépassera 1,5 °C, au moins temporairement, très probablement dès le début des années 2030.
Même des réductions rapides et sévères des émissions à court terme ne permettraient plus d’éviter totalement ce seuil. L’enjeu devient donc de limiter l’ampleur et la durée du dépassement, afin de réduire les dommages humains, économiques et écologiques.
Chaque dixième de degré compte. Le PNUE rappelle qu’un dépassement supplémentaire de 0,1 °C impliquerait ensuite de retirer de l’atmosphère l’équivalent de cinq années d’émissions mondiales de CO₂ à l’aide de technologies d’élimination du carbone encore coûteuses, incertaines et risquées.Un scénario de « mesures d’atténuation rapides à partir de 2025 » permettrait de limiter le dépassement à environ 0,3 °C, avec une probabilité de 66 %, et de revenir vers 1,5 °C d’ici 2100. Mais cela supposerait une chute immédiate des émissions de 26 % en 2030 et de 46 % en 2035 par rapport à 2019 des réductions sans précédent dans l’histoire moderne.
Les solutions existent, mais la volonté politique fait défaut
Pour António Guterres, Secrétaire général de l’ONU, le diagnostic est clair :« Un dépassement temporaire du seuil de 1,5 degré est désormais inévitable. Mais ce n’est pas une raison de baisser les bras. C’est une raison de redoubler d’efforts et d’accélérer la cadence. »Même son de cloche du côté du PNUE.Sa directrice exécutive, Inger Andersen, rappelle que les États ont déjà manqué à trois reprises leurs promesses climatiques dans le cadre de l’Accord de Paris.« Les plans nationaux pour le climat ont permis certains progrès, mais ils ne sont pas suffisamment rapides. C’est pourquoi nous avons toujours besoin de réductions d’émissions sans précédent dans une fenêtre de temps de plus en plus étroite. »Pourtant, les outils sont là. Le développement de l’éolien et du solaire est en plein essor, et leurs coûts chutent rapidement.
Les technologies bas carbone nécessaires pour réduire fortement les émissions existent déjà.Le véritable verrou est politique et géopolitique. Accélérer la transition nécessiterait :un soutien massif aux pays en développement,une refonte de l’architecture financière internationale,et une action déterminée des grands émetteurs.Le rôle du G20 est central. À eux seuls, ses membres représentent 77 % des émissions mondiales. Or leurs engagements actuels sont largement insuffisants.
En 2024, les émissions du G20 ont même augmenté de 0,7 %. Le rapport du PNUE dresse un constat aussi lucide qu’inquiétant : le monde n’est pas sur la bonne trajectoire climatique.Les nouveaux engagements réduisent à peine les projections de réchauffement, tandis que les émissions continuent d’augmenter. Le dépassement de 1,5 °C devient presque certain, et la fenêtre d’action se referme dangereusement.Pour autant, tout n’est pas perdu.
Les solutions technologiques existent, les coûts baissent, et chaque fraction de degré évitée peut encore sauver des vies, des écosystèmes et des économies.Reste une question politique centrale :les États sont-ils enfin prêts à transformer des promesses climatiques en actions à la hauteur de l’urgence planétaire ?


