Féminicides

Quand être femme et africaine devient un risque mortel

Le 14 juillet 2024, Steffi Kaguer, 23 ans, étudiante tchadienne en sixième année de médecine, est tuée à Dakar.

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 6 janvier 2026 · 2 min de lecture

Quand être femme et africaine devient un risque mortel

Le 14 juillet 2024, Steffi Kaguer, 23 ans, étudiante tchadienne en sixième année de médecine, est tuée à Dakar. Enceinte de cinq mois, elle aurait été poussée du deuxième étage d’un immeuble par l’homme qui l’avait mise enceinte, un ressortissant libanais. La mort est instantanée.

Deux ans plus tard, en ce début d’année 2026, aucun verdict exemplaire. L’auteur présumé circule librement.Ce drame n’est pas un simple fait divers. C’est un signal d’alarme brutal sur la valeur accordée à la vie des femmes africaines dans certains systèmes judiciaires.

Une vie brisée, une justice absente

Steffi Kaguer n’était ni un chiffre ni une anecdote médiatique. Elle était une future médecin, une jeune femme venue étudier pour servir. Sa mort pose une question centrale : que vaut la vie d’une femme africaine face aux lenteurs, aux silences et aux arrangements judiciaires ?L’affaire Steffi Kaguer n’est malheureusement pas isolée. En Côte d’Ivoire, Mariam Sidibé, 17 ans, domestique chez un ressortissant libanais, avait été violée puis assassinée.

Là encore, l’indignation publique a été brève, tandis que la justice s’est montrée lente, hésitante, parfois inexistante.Ces affaires dessinent un schéma inquiétant : des femmes africaines, souvent jeunes et vulnérables, victimes de violences extrêmes, sans réponse judiciaire proportionnée à la gravité des crimes. L’impunité devient alors un message silencieux mais puissant.

Le féminisme comme lecture des rapports de pouvoir

Adopter une analyse féministe, ce n’est pas stigmatiser une nationalité. C’est interroger les rapports de pouvoir : pouvoir économique, pouvoir social, pouvoir judiciaire.Dans ces drames, les victimes sont presque toujours des femmes africaines.

Les auteurs, des hommes bénéficiant d’un statut protecteur social, économique ou symbolique. Ce déséquilibre nourrit l’impunité.Le féminisme rappelle une vérité dérangeante : la violence contre les femmes n’est jamais un accident lorsqu’elle se répète. Elle est systémique. Elle prospère là où la justice hésite, là où les États ferment les yeux, là où le corps des femmes reste une variable secondaire.Être femme, noire, africaine, jeune, parfois étrangère même sur le continent, cumule les vulnérabilités. Et lorsque la justice ne tranche pas, le message est glaçant : certaines vies compteraient moins que d’autres.

Refuser le silence, dénoncer pour protéger

Refuser le silence est un acte politique. Le silence protège toujours les bourreaux, jamais les victimes. Raconter l’histoire de Steffi Kaguer, c’est refuser l’oubli et exiger que la justice pour les femmes africaines ne soit ni négociable ni conditionnée par des rapports de force.

Aujourd’hui, dénoncer les violences sous toutes leurs formes est une urgence. Des outils existent pour signaler, alerter et orienter les victimes vers des ressources fiables, de manière sécurisée.

Pour dénoncer les violences sexuelles, conjugales ou basées sur le genre, même de façon anonyme :

Ne peut prétendre à la dignité, au progrès et à la justice tant que ses filles peuvent mourir sans que justice ne soit rendue.

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