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Pourquoi les femmes restent-elles minoritaires dans les sphères du pouvoir au Bénin ?

Le nouveau gouvernement béninois formé en mai 2026 compte seulement 6 femmes sur 24 ministres.

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 26 mai 2026 · 3 min de lecture

Le nouveau gouvernement béninois formé en mai 2026 compte seulement 6 femmes sur 24 ministres. Malgré des avancées symboliques comme la vice-présidence occupée par Mariam Chabi Talata, les femmes restent encore peu représentées dans les centres stratégiques du pouvoir politique au Bénin. Une réalité qui interroge la place réelle accordée aux femmes dans la gouvernance publique.

Le 24 mai 2026, le Bénin a dévoilé la composition de son nouveau gouvernement. Sur les 24 membres nommés, seules 6 femmes figurent dans l’équipe gouvernementale, soit environ 25 % de représentation féminine. Un chiffre qui peut être perçu comme une progression dans un paysage politique historiquement dominé par les hommes, mais qui révèle également les limites persistantes de l’accès des femmes aux sphères décisionnelles.

Le pays dispose certes d’une vice-présidente, Mariam Chabi Talata, une première dans l’histoire politique béninoise récente. Plusieurs femmes occupent aussi des portefeuilles importants, notamment aux Affaires étrangères, à la Communication, à l’Enseignement supérieur, au Commerce intérieur, aux PME et à la Famille. Mais derrière cette visibilité institutionnelle se cache une autre réalité : les ministères les plus stratégiques du pouvoir restent largement contrôlés par des hommes.

Une présence féminine encore concentrée dans les secteurs sociaux

En observant la répartition des postes, un constat apparaît clairement : les femmes sont davantage présentes dans des ministères associés au social, à la communication, à la famille ou au développement communautaire.Véronique Tognifodé est chargée de la Famille et des Affaires sociales. Aurélie Adam Soulé dirige le ministère de la Communication et des Médias. Awaou Baco s’occupe des PME et de la promotion de l’emploi. Même si ces portefeuilles sont essentiels pour le fonctionnement de l’État, ils restent rarement considérés comme les principaux centres du pouvoir politique et économique.

Les ministères dits “régaliens” ou stratégiques , défense, sécurité, économie, intérieur, énergie ou infrastructures continuent d’être majoritairement confiés aux hommes dans de nombreux pays africains, y compris au Bénin. Cette répartition traduit encore une vision genrée du leadership politique où les femmes sont souvent perçues comme plus “adaptées” aux questions sociales qu’aux enjeux de puissance ou de souveraineté.

Le plafond de verre politique résiste encore

Le débat ne concerne donc plus uniquement la présence des femmes dans les institutions, mais leur capacité à accéder aux espaces où se prennent les décisions les plus influentes.

Selon plusieurs études internationales, les femmes africaines restent confrontées à des obstacles structurels : faible financement politique, violences symboliques, stéréotypes sexistes, marginalisation dans les partis politiques ou encore difficulté d’accès aux réseaux de pouvoir. Ces réalités limitent leur progression malgré les discours officiels sur l’égalité.

Graphique comparatif de la représentation des femmes en sphère politique dans certains pays africains.

Le Rwanda demeure aujourd’hui l’un des rares pays africains à avoir fortement féminisé ses institutions politiques, avec près de 50 % de femmes dans plusieurs sphères de gouvernance.

À titre comparatif, le Bénin reste en dessous de plusieurs pays africains en matière de représentation gouvernementale féminine.Cette situation soulève une question fondamentale : la visibilité des femmes dans un gouvernement suffit-elle à parler d’égalité politique réelle ?

Entre avancée symbolique et défi démocratique

La présence de six femmes au sein du gouvernement béninois ne doit ni être minimisée ni être présentée comme une victoire totale. Elle représente une avancée dans un environnement politique longtemps fermé aux femmes. Mais elle rappelle également que la conquête du pouvoir reste encore inachevée.

L’enjeu dépasse la simple question des chiffres. Il s’agit de savoir si les femmes peuvent participer pleinement aux orientations économiques, sécuritaires et stratégiques d’un pays, et non uniquement aux secteurs traditionnellement associés au “care” ou à la gestion sociale. Car une démocratie réellement inclusive ne se mesure pas seulement à la présence des femmes autour de la table du pouvoir. Elle se mesure aussi à leur capacité à influencer les grandes décisions qui façonnent l’avenir national.

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