L’Afrique se prépare à de nouvelles perturbations climatiques. Dans un article publié le 8 septembre 2026, Jeune Afrique évoque un épisode El Niño potentiellement exceptionnel, susceptible de prolonger ses effets jusqu’au début de 2027. Les risques mentionnés concernent notamment les récoltes, les prix alimentaires et les finances publiques.
Mais derrière ces indicateurs macroéconomiques se trouve une question essentielle : quelles seront les conséquences de ces perturbations sur les femmes africaines, en particulier celles qui dépendent directement de l’agriculture et des ressources naturelles pour vivre ?
Des agricultrices exposées aux aléas climatiques
Dans de nombreuses communautés rurales africaines, les femmes participent activement aux activités agricoles, à la transformation des produits et à leur commercialisation. Lorsque les conditions météorologiques perturbent les cycles de production, leurs revenus et leur sécurité économique peuvent être affectés.
Les conséquences dépendent toutefois des régions et des cultures concernées. Un déficit pluviométrique, des précipitations excessives ou une modification du calendrier agricole ne produisent pas les mêmes effets partout.
Les femmes qui disposent de peu de terres, d’un accès limité au crédit ou de faibles capacités d’irrigation peuvent avoir moins de moyens pour s’adapter à ces changements. Il convient néanmoins de documenter ces différences à l’échelle locale plutôt que de considérer toutes les femmes africaines comme un groupe homogène.
Quand les difficultés agricoles fragilisent l’alimentation des ménages

Une baisse de la production agricole ou une hausse des prix alimentaires peut réduire la capacité des ménages à se nourrir correctement. Dans les familles où les femmes assurent une grande partie de l’approvisionnement alimentaire et de la gestion quotidienne du foyer, cette pression peut accroître leur charge de travail et leurs responsabilités.
Elles peuvent alors devoir trouver de nouvelles sources de revenus, modifier les dépenses du ménage ou consacrer davantage de temps à la recherche de produits alimentaires et de ressources essentielles.
Ces effets ne sont pas automatiques : ils varient selon les revenus, les systèmes de protection sociale, les marchés et les stratégies d’adaptation disponibles. Mais ils méritent une attention particulière dans l’analyse des risques climatiques.
L’adaptation climatique doit aussi intégrer les inégalités de genre
Face aux risques liés à El Niño, les réponses publiques ne devraient pas se limiter aux prévisions météorologiques ou aux mesures de soutien à la production. Elles doivent également examiner les conditions dans lesquelles les femmes accèdent à l’information climatique, aux semences adaptées, à l’irrigation, au crédit et aux dispositifs de protection sociale.
Les organisations paysannes féminines, les services agricoles et les médias peuvent contribuer à diffuser des informations compréhensibles et adaptées aux réalités locales. Les politiques d’adaptation gagneraient également à associer les agricultrices à la prise de décision, afin que leurs connaissances et leurs besoins soient pris en compte.
Une question de justice climatique

El Niño est un phénomène climatique naturel. Ses effets ne sont pas identiques dans tous les pays africains et ne peuvent être attribués automatiquement au changement climatique d’origine humaine. Toutefois, les risques associés aux variations de température et de précipitations peuvent se superposer à des vulnérabilités économiques et sociales déjà existantes.
C’est pourquoi l’analyse climatique doit aussi s’intéresser à la répartition des ressources, aux inégalités d’accès aux moyens de production et à la place des femmes dans les décisions agricoles.
Anticiper les conséquences d’El Niño, c’est aussi se demander quelles populations disposent des moyens nécessaires pour y faire face. Pour les femmes rurales africaines, l’accès aux ressources, à l’information et aux mécanismes de soutien sera déterminant.



