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Journée mondiale de l’énergie : sans énergie propre, les femmes rurales restent privées de temps, de santé et d’autonomie

Célébrée ce 22 octobre, la Journée mondiale de l’énergie remet en lumière une injustice persistante : des millions de femmes rurales vivent et travaillent sans accès fiable à l’électricité ni à des moyens de cuisson propres. En Afrique subsaharienne, l’accès à l’énergie dépasse la question du confort. Il conditionne la santé, l’activité économique, l’éducation et la capacité des femmes à gagner leur autonomie.

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 22 octobre 2026 · Mis à jour le 22 octobre 2026 · 4 min de lecture

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Journée mondiale de l’énergie : sans énergie propre, les femmes rurales restent privées de temps, de santé et d’autonomie

Quand le manque d’énergie alourdit le travail des femmes

Imaginez une agricultrice qui doit préparer les repas au bois, parcourir de longues distances pour s’approvisionner en combustible, transformer ses récoltes sans équipement électrique et attendre la tombée de la nuit pour accomplir les tâches impossibles à terminer pendant la journée. Pour de nombreuses femmes vivant dans les zones rurales, la précarité énergétique représente une contrainte quotidienne qui réduit le temps disponible pour leurs activités rémunératrices, leur formation et leur repos.

L’ampleur du problème est considérable. Selon le rapport 2026 sur les progrès de l’Objectif de développement durable n° 7, publié par les Nations unies en juin, 655 millions de personnes dans le monde n’avaient toujours pas accès à l’électricité, tandis qu’environ deux milliards dépendaient de combustibles et de technologies polluants pour cuisiner.

L’Afrique subsaharienne concentre plus de 560 millions de personnes privées d’électricité et environ 970 millions sans accès à des solutions de cuisson propres.

Ces chiffres ne décrivent pas seulement un déficit d’infrastructures. Ils révèlent aussi une inégalité d’accès aux ressources indispensables à une vie digne.

Cuire au bois : un enjeu de santé et d’environnement

Dans de nombreux foyers ruraux, le bois et le charbon restent des combustibles essentiels pour préparer les repas. Or, la fumée produite par leur combustion dans des espaces mal ventilés expose les femmes et les enfants à une pollution de l’air dangereuse pour la santé. La collecte du bois mobilise également du temps et peut exposer les femmes et les filles à des risques supplémentaires.

La FAO souligne que, dans certaines régions d’Afrique, les femmes et les filles peuvent consacrer jusqu’à vingt heures par semaine à la collecte du bois de chauffage. Ce temps pourrait servir à développer une activité commerciale, à poursuivre des études ou à participer davantage à la vie communautaire.

La précarité énergétique entretient ainsi un cercle difficile à briser : faute de moyens de cuisson adaptés, les femmes consacrent davantage de temps aux tâches domestiques ; faute de temps et de revenus, elles ont plus de difficultés à investir dans des équipements qui pourraient alléger ces tâches.

La transition énergétique doit donc être pensée comme une politique de santé publique, de protection de l’environnement et d’égalité entre les femmes et les hommes.

L’électricité peut transformer l’économie des femmes rurales

L’accès à l’énergie ne se limite pas à éclairer les maisons. Il peut permettre aux agricultrices de transformer et de conserver leurs produits, aux commerçantes de prolonger leurs activités dans de meilleures conditions et aux artisanes d’utiliser des équipements plus performants.

Des solutions décentralisées, comme les kits solaires et les mini-réseaux, peuvent contribuer à électrifier des villages éloignés des réseaux nationaux. Le rapport mondial sur l’ODD 7 souligne leur potentiel pour atteindre les populations rurales qui restent les plus difficiles à raccorder.

Mais installer des panneaux solaires ne suffit pas. Encore faut-il que les équipements soient abordables, fiables, réparables localement et adaptés aux besoins réels des utilisatrices. Une agricultrice qui ne peut pas payer l’installation ou les frais d’entretien risque de rester à l’écart de cette transition, même si une technologie propre est disponible dans sa région.

Les femmes doivent donc être associées au choix des équipements, à la conception des programmes d’électrification et à la gestion des infrastructures. Elles doivent également pouvoir accéder aux financements, aux formations techniques et aux emplois créés dans les filières des énergies renouvelables.

Faire de l’accès à l’énergie une priorité pour les droits des femmes

À l’approche de 2030, l’accès universel à une énergie abordable, fiable, durable et moderne demeure un objectif loin d’être atteint. Pour les femmes rurales, les retards de l’électrification et de l’accès à la cuisson propre signifient des journées plus longues, des risques sanitaires persistants et des possibilités économiques limitées.

Les gouvernements, les collectivités, les entreprises énergétiques et les partenaires au développement doivent accélérer les investissements dans les solutions renouvelables, tout en veillant à ce que les femmes les plus défavorisées puissent réellement en bénéficier. Cela suppose des mécanismes de financement accessibles, des infrastructures adaptées aux villages et un suivi des effets des projets sur les conditions de vie des femmes.

Au Bénin comme ailleurs en Afrique, l’enjeu est de faire de l’énergie un outil concret d’émancipation : pour les productrices agricoles, les transformatrices de produits locaux, les commerçantes et les jeunes filles qui étudient dans des conditions parfois difficiles.

La transition énergétique ne sera véritablement juste que si elle réduit aussi les inégalités de genre. Pour les femmes rurales, disposer d’une énergie propre et abordable, ce n’est pas seulement allumer une lampe : c’est gagner du temps, protéger sa santé, développer ses revenus et choisir plus librement son avenir.

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