Climat & environnement

Pourquoi l’avion est souvent moins cher que le train, malgré son impact climatique

À l’heure des choix de vacances, de plus en plus de Français découvrent avec frustration que l’avion est bien souvent plus économique que le train.

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 3 juillet 2025 · 3 min de lecture

L’avion bénéficie notamment d’importantes exemptions fiscales. – Pxhere/Needpix/CC0/Montage Reporterre


À l’heure des choix de vacances, de plus en plus de Français découvrent avec frustration que l’avion est bien souvent plus économique que le train. En cause : des avantages fiscaux, une politique tarifaire agressive et des choix politiques peu favorables au rail.

Organiser un voyage longue distance sans exploser son empreinte carbone relève parfois du casse-tête. Alors que le ferroviaire est considéré comme la solution de transport la plus écologique, ses prix restent souvent décourageants face à ceux de l’avion. Plusieurs études viennent éclairer ce paradoxe.

L’UFC-Que Choisir, Greenpeace et le Réseau Action Climat ont analysé les tarifs sur des dizaines de liaisons nationales et européennes. Résultat : si le train reste compétitif lorsqu’il existe une liaison TGV directe, il devient bien plus coûteux sur les trajets transversaux ou avec correspondance. Par exemple, un vol Bordeaux-Lyon peut coûter 55 % de moins qu’un trajet en train. Sur les liaisons européennes, l’écart se creuse encore : le train est en moyenne 2,5 fois plus cher que l’avion.

Des avantages fiscaux et un modèle low cost ultra optimisé

Le transport aérien tire parti d’un cadre fiscal avantageux : pas de taxe sur le kérosène, exonération de TVA sur les vols internationaux… Autant d’éléments qui réduisent artificiellement le prix final. À l’inverse, le train paie une taxe sur l’électricité et doit s’acquitter de péages ferroviaires parmi les plus élevés d’Europe. Ces frais peuvent représenter jusqu’à 50 % du prix d’un billet international.

S’ajoutent à cela les subventions publiques dont bénéficient certaines compagnies aériennes, notamment via les aides régionales aux aéroports ou des prestations dites de « marketing territorial ». Un montage souvent dénoncé, mais toujours en vigueur.

Autre levier d’économie : l’intensité d’exploitation des avions, surtout dans le secteur low cost. Des compagnies comme Ryanair réduisent drastiquement leurs coûts d’équipage, utilisent leurs appareils plus longtemps chaque jour, et vendent certaines places à perte grâce aux bénéfices de la classe business ou des connexions intercontinentales.

Des choix politiques peu favorables au rail

Le modèle ferroviaire français repose sur une logique de rentabilité : l’entretien du réseau est largement financé par les usagers. À cela s’ajoute une exigence de dividendes de l’État à la SNCF, qui doit reverser chaque année 1,5 milliard d’euros. Résultat : les tarifs augmentent, notamment en période de forte affluence, du fait d’une politique tarifaire dynamique qui fait flamber les prix en cas de pénurie de places.

Et cette pénurie est réelle. Le nombre de trains, notamment TGV, ne suit pas la croissance de la demande. Sur certains axes comme Paris-Barcelone, l’avion propose jusqu’à huit fois plus de sièges par jour. Des retards de livraison des nouvelles rames Alstom n’arrangent rien, et une partie du matériel roulant est mobilisée à l’étranger.

Pendant ce temps, les compagnies aériennes continuent d’attirer les voyageurs grâce à des billets à prix cassés. Le contraste est saisissant : il est parfois possible de rallier Londres depuis Marseille pour 15 euros… quand le billet de train s’affiche à plus de 180 euros.

Le conseil de financement des transports, lancée par le gouvernement, doit se pencher sur ces déséquilibres. Parmi les pistes évoquées : instaurer une taxe sur les vols courts, financer davantage le train de nuit, et proposer un aller-retour à 30 euros par an pour tous les Français afin de démocratiser le rail.

Des mesures jugées urgentes par les ONG, alors que l’aérien représente 25 % des émissions carbone du secteur transport en France. En attendant, les voyageurs soucieux de l’environnement doivent encore choisir entre conscience écologique et budget serré.

Bienvenue LOKOSSOU

Partager :

Dans la même rubrique