Genre & climat

“Mon commerce était mon seul espoir” : comment les inondations aggravent la vulnérabilité des femmes au Bénin.

Par Karl LOKOSSOU Au Bénin, les fortes précipitations qui touchent plusieurs grandes villes et zones urbaines comme Cotonou, Sèmè-Podji, Abomey-Calavi ou Porto-Novo rappellent chaque année la fragilité des populations…

Par Karl Lokossou · Publié le 24 juillet 2026 · Mis à jour le 8 octobre 2026 · 4 min de lecture

“Mon commerce était mon seul espoir” : comment les inondations aggravent la vulnérabilité des femmes au Bénin.

Par Karl LOKOSSOU

Au Bénin, les fortes précipitations qui touchent plusieurs grandes villes et zones urbaines comme Cotonou, Sèmè-Podji, Abomey-Calavi ou Porto-Novo rappellent chaque année la fragilité des populations face aux risques climatiques. Derrière les rues submergées et les maisons envahies par l’eau, une réalité reste souvent moins visible : l’impact disproportionné des inondations sur les femmes, notamment celles qui dépendent du petit commerce pour nourrir leurs familles. Entre perte de revenus, précarité économique et difficultés sociales, les catastrophes climatiques révèlent aussi des inégalités de genre.

Quand l’eau détruit plus qu’un espace de vie

Dans plusieurs localités du sud du Bénin, la saison des pluies transforme parfois les déplacements quotidiens en parcours difficiles. À Sèmè-Podji notamment, certaines zones comme Sèkandji ont vu des voies d’accès et des habitations fortement touchées par les eaux.

Pour de nombreux habitants, l’inondation ne représente pas seulement une accumulation d’eau dans les rues. Elle signifie aussi une interruption des activités économiques, une augmentation des dépenses quotidiennes et une fragilisation des ménages.

Mais toutes les personnes ne vivent pas cette crise de la même manière. Les femmes engagées dans le commerce informel, la restauration de rue, la vente de produits alimentaires ou les petites activités génératrices de revenus sont souvent parmi les premières victimes économiques.

Selon plusieurs travaux sur le genre et le climat, notamment ceux du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et de l’ONU Femmes, les femmes sont fréquemment plus exposées aux conséquences sociales des catastrophes climatiques en raison d’un accès plus limité aux ressources financières, à la propriété foncière et aux mécanismes de protection sociale.

Le visage invisible de la catastrophe : les femmes commerçantes face à la perte de revenus

À travers une situation fictive inspirée de réalités observées dans plusieurs communautés béninoises, l’histoire de Grâce Amazo, une veuve de 42 ans vivant dans une zone périurbaine.Chaque matin, elle installait son petit étal loué où elle vendait des repas et quelques produits alimentaires pour assurer la scolarité de ses trois enfants.

Depuis le décès de son mari, cette activité représentait son unique source de revenus.Mais lorsque les pluies ont provoqué l’inondation de son quartier, son emplacement de vente est devenu inaccessible.« Je ne perds pas seulement mon commerce. Je perds le moyen de payer les cahiers de mes enfants, leur nourriture et notre quotidien », raconte symboliquement Grâce. Elle ajoute << Je n’ai plus d’endroits pour vendre et mes enfants doivent manger. Je ne suis pas seule dans ce cas et les femmes situées vers la vallée de l’ouemé subissent plus grave et surtout difficile pour me enfants de se rendre à l’école>>

Son histoire rappelle une autre dimension souvent oubliée : certaines veuves font face à une double vulnérabilité.

Après la disparition du conjoint, elles peuvent rencontrer des difficultés liées à l’héritage et à la propriété des biens familiaux. Dans certaines situations, des conflits successoraux peuvent priver des femmes de ressources essentielles, les laissant dépendantes d’activités précaires.Quand survient ensuite une catastrophe climatique, la perte devient multiple : perte du logement, perte du commerce, perte d’une stabilité économique déjà fragile.

Climat, urbanisation et inégalités : un défi pour les grandes villes béninoises

Les inondations dans les villes béninoises résultent de plusieurs facteurs : intensification des pluies liée aux changements climatiques, urbanisation rapide, occupation de zones vulnérables, insuffisance ou saturation de certains systèmes d’évacuation des eaux.

Les grandes villes comme Cotonou, Abomey-Calavi, Porto-Novo et Sèmè-Podji connaissent depuis plusieurs années des épisodes récurrents d’inondation durant la saison pluvieuse.Face à ces défis, l’État béninois a engagé plusieurs actions dans la prévention et la gestion des risques climatiques. Parmi celles-ci figurent les programmes d’assainissement urbain, les travaux d’aménagement des voies d’écoulement des eaux, les initiatives de drainage pluvial ainsi que les actions de sensibilisation des populations.

Ces efforts publics constituent des avancées importantes pour réduire l’exposition des communautés aux risques. Toutefois, les spécialistes du climat et du développement soulignent la nécessité d’intégrer davantage la dimension genre dans les politiques d’adaptation climatique afin que les réponses bénéficient aussi aux femmes les plus vulnérables.

L’urgence d’une justice climatique qui place les femmes au centre

L’inondation n’est donc pas seulement une question d’eau. Elle est aussi une question sociale, économique et humaine.Derrière chaque rue submergée, il existe des histoires de familles qui luttent pour reconstruire leur quotidien. Derrière chaque commerce détruit, il existe souvent une femme qui perd une partie de son autonomie.

La justice climatique ne consiste pas uniquement à protéger les infrastructures. Elle consiste aussi à protéger les personnes les plus exposées, à reconnaître leurs réalités et à construire des solutions où les femmes deviennent des actrices centrales de l’adaptation climatique.Car lorsque les eaux montent, ce sont souvent les femmes qui portent une grande partie du poids silencieux de la crise.

Partager :

Dans la même rubrique