Alors que le Bénin subit de plus en plus les effets du dérèglement climatique, une large partie de la population reste encore peu informée sur le phénomène. C’est ce que révèle une enquête récente d’Afrobaromètre, qui met en lumière un paradoxe préoccupant : les impacts s’intensifient, mais la sensibilisation demeure insuffisante.
Selon les résultats du module spécial du Round 10 d’Afrobaromètre (2024–2025), moins d’un Béninois sur deux déclare avoir déjà entendu parler du changement climatique. Pourtant, parmi les citoyens qui en ont connaissance, plus de huit sur dix estiment que ce phénomène rend aujourd’hui la vie plus difficile.
Des effets climatiques de plus en plus visibles sur le territoire
Le Bénin figure parmi les pays africains particulièrement vulnérables aux changements climatiques, notamment en raison du poids de l’agriculture dans son économie. D’après l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO, 2025), les pays dont les moyens de subsistance reposent fortement sur l’agriculture sont les plus exposés aux chocs climatiques.
Dans le nord du pays, les sécheresses prolongées se multiplient, tandis que le sud est confronté à des inondations récurrentes et à une érosion côtière accélérée (Ministère du Cadre de Vie et du Développement durable, 2022). La Banque mondiale souligne que ces phénomènes aggravent les vulnérabilités structurelles et compromettent les efforts de développement durable (Banque mondiale, 2023).Ces perturbations affectent directement la production agricole, principale source de revenus pour une grande partie de la population. Le Centre africain pour le développement équitable (2023) note une baisse des rendements, une augmentation de l’insécurité alimentaire et une fragilisation croissante des communautés rurales.
Une conscience encore limitée mais une inquiétude largement partagée
Malgré ces réalités, l’enquête Afrobaromètre révèle que la sensibilisation reste faible : moins de 50 % des personnes interrogées disent avoir entendu parler du changement climatique. Toutefois, parmi celles qui en sont conscientes, l’inquiétude est massive.Plus de huit répondants sur dix estiment que le dérèglement climatique détériore leurs conditions de vie, et près des trois quarts attribuent la responsabilité principale aux activités humaines.
La majorité des Béninois interrogés affirment également que le gouvernement doit agir de toute urgence et que les pays industrialisés, jugés responsables de l’essentiel des émissions de gaz à effet de serre, doivent soutenir financièrement les pays vulnérables.
Des politiques publiques en cours face à une urgence persistante
Face à ces défis, les autorités béninoises ont engagé plusieurs réformes ces dernières années. La loi-cadre sur le changement climatique impose désormais l’intégration de l’adaptation et de l’atténuation dans toutes les politiques publiques. Un Plan national d’adaptation vise à renforcer la résilience de l’agriculture, des zones côtières et des forêts (Présidence de la République du Bénin, 2018 ; Ministère du Cadre de Vie et du Développement durable, 2022).
En 2024, un cadre d’action climatique incluant un mécanisme de monétisation du carbone et une plateforme nationale de financement climatique a également été lancé pour attirer des investissements privés (Banque africaine de développement, 2024).Sur le terrain, de nombreux citoyens déclarent déjà s’adapter en modifiant leurs cultures, leur consommation d’eau, leurs pratiques d’élevage ou même en changeant de lieu de résidence.
Pour les auteurs de l’étude, le défi reste double : renforcer les politiques d’adaptation tout en intensifiant la sensibilisation de la population, afin que chacun puisse mieux comprendre les enjeux et participer à la lutte contre le changement climatique.


