Genre & climat

Le changement climatique est sexiste » : pourquoi les femmes africaines paient le prix fort de la crise climatique

À quelques jours du G7 Environnement, des féministes et activistes du Sud global ont dénoncé les impacts inégalitaires du changement climatique sur les femmes.

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 27 mai 2026 · 3 min de lecture

Le changement climatique est sexiste » : pourquoi les femmes africaines paient le prix fort de la crise climatique

À quelques jours du G7 Environnement, des féministes et activistes du Sud global ont dénoncé les impacts inégalitaires du changement climatique sur les femmes. Entre pauvreté, accès à l’eau, agriculture et violences, la crise climatique aggrave les injustices de genre, particulièrement en Afrique.Le changement climatique n’est pas neutre.

Derrière les sécheresses, les inondations et les catastrophes environnementales qui frappent le monde, les femmes surtout celles des pays du Sud paient souvent le prix le plus lourd.Réunies à Paris avant le G7 Environnement, plusieurs militantes féministes venues du Sénégal, du Vietnam, de Madagascar, de l’Équateur ou encore de la République démocratique du Congo ont lancé un message clair : « le changement climatique est sexiste ».Cette déclaration, portée notamment par la sociologue sénégalaise Fatou Ndoye, remet au centre du débat une réalité encore peu prise en compte dans les grandes décisions internationales : les conséquences climatiques aggravent les inégalités de genre déjà existantes.

Selon un rapport des Nations unies publié en 2024, près de 158 millions de femmes et de filles supplémentaires pourraient basculer dans la pauvreté d’ici 2050 à cause du changement climatique.

En Afrique, les femmes en première ligne de la crise climatique

Sur le continent africain, les effets du dérèglement climatique touchent directement les activités dont dépendent majoritairement les femmes : agriculture, transformation alimentaire, accès à l’eau ou commerce local.

Lorsque les sécheresses détruisent les cultures ou que les rivières s’assèchent, ce sont souvent les femmes qui doivent parcourir plusieurs kilomètres supplémentaires pour trouver de l’eau ou nourrir leurs familles.Dans plusieurs régions rurales d’Afrique de l’Ouest, les hommes migrent parfois vers les villes ou d’autres pays à cause des difficultés économiques liées au climat.

Les femmes se retrouvent alors seules à gérer les exploitations agricoles, les enfants et les charges domestiques dans des conditions de plus en plus difficiles. Au Bénin, notamment dans des zones comme la vallée de l’Ouémé ou certaines communes du nord du pays exposées aux sécheresses et aux inondations, les impacts climatiques commencent déjà à transformer les réalités sociales et économiques des femmes rurales.

Pour plusieurs organisations féministes, parler de climat sans parler des femmes revient donc à ignorer une partie essentielle de la crise.

Des femmes victimes mais aussi porteuses de solutions

Les activistes présentes à Paris ont également insisté sur un point majeur : les femmes ne sont pas uniquement des victimes du changement climatique.Dans les communautés rurales, elles possèdent souvent des savoirs précieux sur la gestion des ressources naturelles, l’agriculture durable ou la préservation des semences locales.

La chercheuse vietnamienne Hoang Thi Ngoc Ha a rappelé que les femmes et les minorités rurales disposent de connaissances importantes pour l’adaptation climatique, mais qu’elles restent largement exclues des espaces de décision.Même constat du côté des organisations africaines, qui dénoncent un manque de financement pour les initiatives locales portées par des femmes.Pour les militantes du réseau Women7, les États du G7 doivent désormais intégrer les questions de genre dans les politiques climatiques et orienter davantage de financements vers les organisations féminines de terrain.

Une justice climatique encore incomplète

Derrière les grands discours internationaux sur le climat, plusieurs féministes dénoncent un profond décalage entre les engagements politiques et la réalité vécue par les femmes du Sud global.Alors que les pays africains restent parmi les moins responsables historiquement des émissions de gaz à effet de serre, ce sont pourtant leurs populations qui subissent parmi les conséquences les plus graves.

Les militantes rappellent également que les femmes restent sous-représentées dans les négociations climatiques internationales, alors qu’elles figurent parmi les premières concernées.

Pour Terre & Femme, cette mobilisation internationale rappelle une évidence : la crise climatique est aussi une question de justice sociale et de justice de genre.Protéger l’environnement sans protéger les femmes les plus vulnérables reviendrait à construire des politiques climatiques incomplètes, déconnectées des réalités humaines.Car au final, derrière chaque sécheresse, chaque inondation ou chaque crise alimentaire, il y a aussi des femmes qui résistent, travaillent, survivent, souvent dans le silence.

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