Climat & environnement

La France à la traîne sur ses objectifs climatiques, alerte le Haut Conseil pour le climat

Dans son rapport annuel publié le 3 juillet, le Haut Conseil pour le climat tire la sonnette d’alarme sur la politique climatique française en 2024.

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 3 juillet 2025 · 2 min de lecture

Embouteillage sur l’autoroute A7 près de Valence, en France, le 6 juin 2025. – © Nicolas Guyonnet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Dans son rapport annuel publié le 3 juillet, le Haut Conseil pour le climat tire la sonnette d’alarme sur la politique climatique française en 2024. Entre ralentissement des réductions d’émissions et reculs dans les secteurs clés, l’organisation indépendante dénonce un écart grandissant avec les ambitions nationales.

Le bilan de la France en matière d’action climatique en 2024 est loin d’être satisfaisant. Selon le Haut Conseil pour le climat (HCC), les émissions de gaz à effet de serre n’ont diminué que de 1,8 % par rapport à 2023, un rythme nettement insuffisant pour atteindre l’objectif national de réduction de 55 % entre 1990 et 2030. Pour respecter cette trajectoire, il faudrait doubler la cadence des efforts.

Ce léger recul s’explique en grande partie par des facteurs temporaires, comme un hiver plus doux qui a réduit la consommation énergétique liée au chauffage, ou des précipitations abondantes ayant favorisé l’hydroélectricité, une énergie peu émettrice. En réalité, seulement 30 % de cette baisse serait attribuable aux politiques publiques.

Deux secteurs concentrent la majorité des émissions : les transports, responsables de 34 % des gaz à effet de serre, et l’agriculture, qui en produit 21 %. Dans le domaine des transports, le rapport souligne que les émissions stagnent malgré un rythme soutenu d’électrification des véhicules, dû notamment à une augmentation des kilomètres parcourus en voiture. Pour tenir les objectifs de 2030, le Haut Conseil appelle à une intensification drastique des mesures, comme une fiscalité renforcée sur les poids lourds et les carburants, un soutien accru au ferroviaire, ou encore un moratoire sur les projets routiers.

Le secteur agricole montre lui aussi des signes d’essoufflement, avec une réduction des émissions limitée à 0,5 % en 2024. Le HCC déplore l’adoption récente de lois agricoles qui, selon lui, favorisent des modèles intensifs émetteurs de gaz à effet de serre, au détriment de l’agroécologie durable.

Par ailleurs, les retards accumulés dans les politiques publiques se multiplient : la Stratégie nationale bas carbone et la Programmation pluriannuelle de l’énergie ont pris du retard, tandis que le troisième plan national d’adaptation au changement climatique a été présenté avec près de deux ans de retard. La loi de programmation énergie et climat promise n’a jamais été adoptée.

Le rapport met également en lumière les reculs dans certains dispositifs d’aide, notamment la suspension de MaPrimeRénov’, pourtant cruciale pour la rénovation énergétique des logements des ménages modestes.

Jean-François Soussana, président du HCC, évoque une « polarisation croissante de la société » et un lobbying puissant des secteurs liés aux énergies fossiles comme principaux freins à la transition écologique. Pour lui, la trajectoire actuelle est inquiétante.

Cette désynchronisation entre la politique et l’urgence climatique contraste avec l’opinion publique française, où 83 % des citoyens estiment important d’agir contre le changement climatique, selon une enquête de février 2025. La récente canicule meurtrière devrait renforcer cette préoccupation, face à des projections alarmantes prévoyant une multiplication par trois des jours de vagues de chaleur d’ici 2030, et par dix d’ici 2100.

Selon les premières estimations pour 2025, les émissions françaises devraient à peine diminuer de 1,3 %, confirmant une tendance à la stagnation inquiétante de l’effort climatique national.

Bienvenue LOKOSSOU

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