Climat & environnement

Iran : comment la sécheresse transforme le climat en crise politique

Confronté à l’une des pires sécheresses de son histoire récente, l’Iran voit sa crise climatique se transformer en crise politique et sociale.

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 26 janvier 2026 · 3 min de lecture

Confronté à l’une des pires sécheresses de son histoire récente, l’Iran voit sa crise climatique se transformer en crise politique et sociale. À Téhéran, où les pluies sont à un niveau historiquement bas, l’eau est désormais coupée la nuit et les autorités évoquent même une possible évacuation de la capitale. Un scénario extrême qui illustre comment le dérèglement climatique agit comme un puissant accélérateur d’instabilité.

Une voiture longe le fleuve Kan asséché, à l’ouest de Téhéran, alors que l’Iran est confronté à une sécheresse historique et de graves pénuries d’eau ©AFP – ATTA KENARE / AFP

Une sécheresse historique qui met Téhéran sous pression

L’Iran traverse la plus grave sécheresse qu’il ait connue depuis plusieurs décennies.

Selon les autorités, le niveau des précipitations à Téhéran est aujourd’hui l’un des plus bas enregistrés depuis près d’un siècle. Les réservoirs alimentant la capitale, qui compte plus de 10 millions d’habitants, sont à des niveaux critiques. Face à cette situation, le gouvernement a commencé à rationner l’eau. Depuis plusieurs jours, l’alimentation est coupée la nuit dans certains quartiers afin de limiter le gaspillage. Le réseau de canalisations, vieux de près de 100 ans, est fortement dégradé, provoquant d’importantes pertes d’eau.La semaine dernière, le président iranien Masoud Pezeshkian a averti que, si les pluies ne revenaient pas rapidement, la capitale pourrait se retrouver à court d’eau d’ici la fin de l’année. Il est même allé jusqu’à évoquer une possible évacuation de Téhéran, une déclaration qui a suscité une vive polémique dans le pays.

Le climat comme facteur déclencheur d’une crise politique

Si cette annonce a été qualifiée de « plaisanterie dénuée de sens » par l’ancien maire de Téhéran, Gholamhossein Karbaschi, elle révèle surtout l’ampleur de la tension hydrique à laquelle l’État iranien est confronté.

Depuis plusieurs années, l’Iran cumule :des baisses continues des précipitations,des températures record,une surexploitation des nappes phréatiques,et une agriculture très consommatrice d’eau. Résultat : le dérèglement climatique ne crée pas seulement une pénurie d’eau, il met à l’épreuve la capacité de l’État à gouverner. Rationnements, coupures nocturnes, effondrement de certains barrages, tensions entre régions et colère populaire font désormais partie du quotidien.

Pour de nombreux analystes, le climat agit ici comme un multiplicateur de risques : il aggrave des fragilités économiques et sociales déjà présentes, accentue la défiance envers les autorités et alimente un sentiment d’abandon chez les populations urbaines et rurales.

Déplacer la capitale : symptôme d’un modèle à bout de souffle

Depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2024, Masoud Pezeshkian a évoqué à plusieurs reprises l’idée de déplacer la capitale, notamment vers les rives du Golfe. Une proposition radicale qui souligne à quel point la crise hydrique dépasse désormais la simple gestion technique de l’eau.Pour la presse iranienne, la situation actuelle est le résultat d’un cocktail explosif :urbanisation massive de Téhéran, infrastructures obsolètes, politiques hydriques incohérentes et dérèglement climatique accéléré.

Dans ce contexte, la sécheresse ne se contente plus de menacer l’agriculture ou l’environnement. Elle devient un facteur structurant de l’instabilité nationale, capable de paralyser une mégapole, d’affaiblir l’économie et de provoquer des choix politiques extrêmes.ConclusionL’hypothèse d’une évacuation de Téhéran peut sembler irréaliste. Mais le simple fait qu’elle soit publiquement évoquée par le chef de l’État révèle une vérité plus profonde : en Iran, le dérèglement climatique est en train de se transformer en crise de gouvernance.

La sécheresse n’est plus seulement une catastrophe naturelle. Elle est devenue un enjeu stratégique, social et politique majeur. Et elle rappelle, de manière brutale, que le climat peut désormais mettre à genoux des capitales, fragiliser des régimes et redessiner les équilibres de pouvoir.

Partager :

Dans la même rubrique