Alors que l’attention internationale se concentre sur les enjeux sécuritaires et géopolitiques des conflits armés, leurs conséquences environnementales demeurent largement sous-documentées dans l’espace public. Pourtant, les guerres contemporaines constituent l’un des facteurs les plus destructeurs pour le climat, les écosystèmes et la santé environnementale globale.
À l’heure de l’urgence climatique, cette réalité pose une question centrale : peut-on encore parler de transition écologique dans un monde en guerre permanente ?

© IOM/Raber Aziz Des membres d’une famille déplacée par la sécheresse et les conflits se reposent à l’extérieur de leur tente.
Une machine de guerre hautement émettrice de CO₂
Les armées modernes figurent parmi les plus grands consommateurs institutionnels de carburants fossiles. Selon le Costs of War Project de l’Université Brown, les activités militaires des États-Unis à elles seules ont émis plus de 1,2 milliard de tonnes de CO₂ entre 2001 et 2017, soit davantage que les émissions annuelles de nombreux pays industrialisés.
À l’échelle mondiale, les dépenses militaires ont atteint 2 240 milliards de dollars en 2023, selon le SIPRI. Cette militarisation s’accompagne d’une hausse continue des émissions liées aux avions de chasse, navires militaires et chaînes logistiques lourdes, émissions qui ne sont pas comptabilisées dans les engagements climatiques nationaux transmis à la Nations unies.
Résultat : un angle mort majeur dans les politiques de lutte contre le réchauffement climatique.
Pollution durable des sols, de l’eau et de l’air
Au-delà du carbone, la guerre génère une pollution environnementale massive et persistante. Le Programme des Nations unies pour l’environnement estime que 40 % des conflits internes des soixante dernières années sont liés à l’exploitation ou à la dégradation des ressources naturelles.
Les bombardements détruisent des infrastructures industrielles et énergétiques, libérant hydrocarbures, métaux lourds et substances toxiques dans les sols et les nappes phréatiques. Dans certaines zones de conflit, des terres agricoles restent impropres à la culture pendant plusieurs décennies, compromettant durablement la sécurité alimentaire.
Selon l’PNUE, les conflits armés laissent derrière eux des “zones mortes écologiques” dont la réhabilitation nécessite des investissements se chiffrant en milliards de dollars, souvent absents des plans de reconstruction.
Biodiversité, climat et déplacements forcés : un cercle vicieux
La guerre détruit aussi les écosystèmes naturels qui jouent un rôle clé dans la régulation du climat. Forêts incendiées, zones humides asséchées, faune décimée : autant de puits de carbone anéantis. Le GIEC rappelle que la protection des écosystèmes est indispensable pour limiter le réchauffement global à 1,5 °C.Parallèlement, les conflits provoquent des déplacements massifs de populations.
En 2024, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés estimait à plus de 120 millions le nombre de personnes déplacées de force dans le monde. Ces déplacements exercent une pression supplémentaire sur les ressources naturelles, notamment l’eau, le bois et les sols, dans des régions souvent déjà vulnérables au changement climatique.
Ainsi, la guerre alimente la crise climatique, qui elle-même augmente les risques de conflits futurs.
Une urgence climatique absente des négociations de paix
Malgré ces constats, l’environnement reste largement marginalisé dans les processus de paix et les cadres juridiques internationaux. Les émissions militaires échappent aux mécanismes de régulation climatique, et les crimes environnementaux liés aux conflits sont rarement poursuivis.
Dans un contexte où chaque tonne de CO₂ compte, la guerre apparaît comme un frein structurel aux objectifs climatiques mondiaux. Préserver la paix n’est donc plus seulement un impératif humanitaire ou politique : c’est désormais une nécessité écologique et climatique.
À l’heure où la planète lutte pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, chaque conflit armé constitue un recul climatique majeur. La militarisation du monde détourne des ressources financières colossales qui pourraient être investies dans l’adaptation climatique, les énergies renouvelables et la protection des écosystèmes.

