Alors que le changement climatique accentue les vulnérabilités dans les pays du Sud, les femmes figurent parmi les populations les plus exposées aux conséquences des catastrophes environnementales. Pourtant, les organisations féminines qui développent des solutions locales d’adaptation restent encore largement exclues des financements climatiques. Au Bénin, notamment dans la Vallée de l’Ouémé où des milliers de personnes vivent au contact permanent de l’eau, cette injustice financière limite la capacité des communautés à faire face aux bouleversements climatiques.

LES FEMMES, PREMIÈRES ACTRICES DE L’ADAPTATION CLIMATIQUE
Dans plusieurs régions du monde, les femmes sont au cœur des réponses locales face au changement climatique. Elles assurent une grande partie des activités liées à l’agriculture familiale, au commerce, à la transformation des produits agricoles et halieutiques ainsi qu’à la gestion quotidienne des ressources naturelles.
Lorsque les inondations, les sécheresses ou les perturbations agricoles surviennent, elles sont souvent les premières à subir les pertes économiques. Une marchandise détruite, une récolte perdue ou un outil de travail endommagé peut fragiliser durablement une famille entière.Mais les femmes ne sont pas seulement des victimes du dérèglement climatique. Elles développent également des solutions d’adaptation au sein de leurs communautés.
À travers des associations, des coopératives et des groupements locaux, elles participent à la protection des ressources naturelles, à la diversification des revenus et au renforcement de la résilience des populations.Pourtant, ces organisations féminines restent parmi les moins soutenues financièrement.
DES FINANCEMENTS CLIMATIQUES QUI N’ARRIVENT PAS TOUJOURS JUSQU’AU TERRAIN

À l’échelle mondiale, plusieurs milliards de dollars sont mobilisés chaque année pour aider les pays vulnérables à s’adapter aux effets du changement climatique. Cependant, une grande partie de ces ressources transite par les États, les grandes institutions internationales ou les grandes organisations capables de répondre aux exigences administratives et financières.
Les petites structures communautaires, particulièrement celles dirigées par des femmes, rencontrent davantage de difficultés pour accéder directement à ces financements.
Les obstacles sont nombreux : procédures complexes, manque d’informations sur les appels à projets, difficultés à fournir des garanties financières ou encore faible représentation des organisations féminines dans les espaces de décision climatique.Cette situation crée un paradoxe majeur.
Les femmes sont reconnues comme particulièrement vulnérables face aux changements climatiques, mais les organisations qui travaillent quotidiennement avec elles disposent rarement des moyens nécessaires pour développer leurs actions.
EN AFRIQUE, LES FEMMES FACE À UNE DOUBLE INJUSTICE CLIMATIQUE
L’Afrique est l’un des continents les plus vulnérables aux effets du changement climatique alors qu’elle contribue faiblement aux émissions mondiales de gaz à effet de serre.Les inondations, les sécheresses prolongées, la dégradation des terres et la perturbation des saisons agricoles affectent directement les populations qui dépendent des ressources naturelles pour vivre.
Dans de nombreux pays africains, les femmes occupent une place essentielle dans les secteurs sensibles au climat. Elles travaillent dans l’agriculture, la pêche, la transformation alimentaire et le petit commerce. Lorsque les catastrophes climatiques surviennent, elles perdent souvent leurs revenus et leurs moyens de subsistance. Cette réalité montre que la crise climatique est aussi une crise d’inégalités sociales et économiques.
LA VALLÉE DE L’OUÉMÉ, UN TERRITOIRE BÉNINOIS EN PREMIÈRE LIGNE
Au Bénin, la Vallée de l’Ouémé illustre fortement les défis de l’adaptation climatique. Cette région, qui comprend notamment les communes de Sô-Ava, Aguégués, Dangbo, Adjohoun et Bonou, est marquée par la présence du fleuve Ouémé, de zones humides et de nombreuses communautés vivant à proximité de l’eau.
Dans plusieurs villages lacustres, notamment autour du lac Nokoué, les populations ont développé depuis des générations des modes de vie adaptés à cet environnement particulier. À Ganvié par exemple, la relation avec l’eau structure une grande partie des activités économiques et sociales.Mais les changements climatiques fragilisent progressivement cet équilibre. Les variations des pluies, les épisodes d’inondation, la dégradation des écosystèmes aquatiques et la pression sur les ressources naturelles rendent les conditions de vie plus difficiles.
Dans ces territoires, les femmes sont particulièrement exposées. Beaucoup dépendent du commerce du poisson, de la transformation des produits agricoles, de la vente sur les marchés ou de petites activités économiques liées aux ressources locales. Lorsqu’une inondation survient, elles peuvent perdre en quelques heures des stocks constitués pendant plusieurs mois de travail.
DES ORGANISATIONS FÉMININES QUI AGISSENT MAIS RESTENT SOUS-FINANCÉES
Dans la Vallée de l’Ouémé comme dans plusieurs régions du monde, les organisations de femmes développent pourtant des réponses concrètes face aux changements climatiques.Elles sensibilisent les communautés, accompagnent les familles vulnérables, développent des activités génératrices de revenus et participent à la préservation des ressources naturelles.
Cependant, leur accès limité aux financements climatiques réduit leur capacité d’action.Une véritable politique d’adaptation climatique doit donc reconnaître la place centrale de ces organisations locales et faciliter leur accès aux ressources financières, techniques et institutionnelles.
FINANCER LES FEMMES, C’EST INVESTIR DANS LA RÉSILIENCE CLIMATIQUE
L’adaptation climatique ne peut pas être efficace si elle ignore celles qui vivent chaque jour les conséquences du dérèglement climatique.Les femmes disposent d’une connaissance fine des territoires, des besoins des communautés et des solutions adaptées aux réalités locales.
Accorder davantage de financements aux organisations féminines permettrait de renforcer des initiatives concrètes : agriculture résiliente, protection des écosystèmes, diversification économique et préparation aux catastrophes.La question n’est donc pas seulement de savoir combien d’argent est consacré au climat, mais aussi de savoir qui bénéficie réellement de ces ressources.
Dans la Vallée de l’Ouémé comme ailleurs, les femmes participent déjà à la construction des solutions climatiques. Le véritable enjeu est désormais de leur donner les moyens d’agir.



