
Les scientifiques américains sont confrontés à une restriction inédite : plusieurs termes liés à l’environnement et aux questions sociétales, dont femme et climat, sont désormais interdits dans leurs travaux financés par l’État fédéral.
Une directive imposée par l’administration Trump, qui compromet la liberté académique et entrave la lutte contre le changement climatique.
« Je n’arrive pas à croire que j’écris ceci depuis les États-Unis », confie Alessandro Rigolon, professeur en urbanisme à l’université de l’Utah. Le 10 février, il partage son désarroi sur Bluesky : pour conserver une subvention, il a dû retirer le mot climat du titre de ses recherches. Cette censure lexicale, imposée aux scientifiques, illustre le durcissement idéologique de l’administration républicaine.
Un nettoyage idéologique des recherches scientifiques
Le 29 janvier, le secrétaire aux Transports de Donald Trump a validé une série de mesures visant à supprimer les politiques dites woke initiées sous l’ère Biden.
Parmi elles, l’interdiction de tout programme ou règlement promouvant l’activisme climatique, avec des conséquences directes sur les financements de la recherche.
« Leur plan est d’utiliser l’intelligence artificielle pour détecter les mots interdits dans tous les projets financés par le gouvernement fédéral », explique Alessandro Rigolon.
Il est désormais risqué d’intégrer des expressions telles que changement climatique, émissions de gaz à effet de serre ou justice environnementale dans les demandes de subventions.
Un impact au-delà de l’écologie : la science sous pression
La censure ne se limite pas aux questions environnementales. Sous l’appellation abrogation Woke, le mémorandum présidentiel cible également les thématiques d’équité raciale, de genre et de diversité.
Professeure en psychologie à l’université de Californie du Sud, Darby Saxbe a révélé une liste d’environ 120 termes désormais proscrits, dont préjugé et femme. « Il est impossible de mener une étude sur l’humain sans utiliser au moins un de ces mots », dénonce-t-elle.
Selon elle, cette directive gèle purement et simplement la recherche en biomédecine, en sciences sociales et en neurosciences.
Des conséquences financières dramatiques pour les chercheurs
Selon un document interne du Washington Post, les demandes de financement ne respectant pas ces nouvelles règles pourraient être modifiées, suspendues, voire annulées.
Une chercheuse anonyme confie au Guardian avoir dû emprunter de l’argent à sa famille pour payer son loyer après l’annulation soudaine de son financement.
Toutefois, un juge de la cour de district de Washington a temporairement suspendu la mise en œuvre de ces mesures le 3 février, offrant un sursis aux chercheurs.
Disparition des données climatiques des sites gouvernementaux
Outre les restrictions financières, l’administration Trump s’emploie à effacer toute référence à la crise climatique des plateformes fédérales. Des pages autrefois dédiées à ces questions sur les sites de la Maison-Blanche ou du ministère de la Défense affichent désormais le message 404 Not Found.
Doctorant à l’université Duke, Tyler Norris a constaté la suppression de ses travaux sur l’interconnexion des réseaux électriques du site du ministère de l’Énergie. Même constat pour le climatologue David Ho, dont les recherches sur les cycles du carbone océanique ne sont plus accessibles.
Un vol de données aux conséquences incalculables
« J’aimerais avoir une estimation du coût de toutes ces données perdues pour les contribuables, et ce que leur absence nous coûtera à l’avenir », s’insurge Meade Krosby, docteure en biologie à l’université de Washington. Selon elle, cette suppression de données s’apparente à « un vol aux proportions astronomiques ».
Gretchen Gehrke, experte de l’Environmental Data & Governance Initiative, prévient que ce n’est que le début : « Nous devons nous attendre à une campagne massive de suppression d’informations. »
Avec ces restrictions inédites, la recherche scientifique aux États-Unis se trouve à un tournant critique, où la censure menace directement l’avenir des connaissances et des politiques environnementales.

