Climat & environnement

États-Unis : Mère «Nature» menacée par le retour aux essais

Plus de trente ans après la fin des essais nucléaires souterrains aux États-Unis, Donald Trump envisage de les reprendre.

Par awudokpo · Publié le 10 novembre 2025 · 2 min de lecture

Plus de trente ans après la fin des essais nucléaires souterrains aux États-Unis, Donald Trump envisage de les reprendre. Une décision qui pourrait bouleverser l’équilibre mondial et réveiller une menace silencieuse pour l’environnement et les générations futures.

Depuis 1992, aucun essai nucléaire militaire n’a secoué le sol américain. Mais fin octobre 2025, Donald Trump a évoqué sur son réseau Truth Social la nécessité de « tester à nouveau les armes nucléaires » face aux programmes menés par d’autres puissances. Bien que son secrétaire à l’Énergie ait tenté de calmer les inquiétudes, les déclarations de l’ex-président ont ravivé un souvenir inquiétant : celui des milliers d’explosions menées dans le désert du Nevada entre les années 1950 et 1990.

Si les essais atmosphériques ont été bannis dès 1963, ceux effectués sous terre n’ont pas toujours été exempts de danger. Plusieurs scientifiques rappellent que des fuites radioactives se sont déjà produites lors d’expérimentations passées, contaminant parfois l’air et le sous-sol.

Un risque « enfoui » mais bien réel

Selon Steve Fetter, membre du comité national des sciences américain, le site du Nevada National Security Site serait le plus probable pour accueillir d’éventuels nouveaux tests. Mais ce terrain, criblé de cratères et fragilisé par des décennies d’explosions, présente déjà des vulnérabilités structurelles.

Corey Hinderstein, ancienne responsable de la sécurité nucléaire, prévient : « Les essais souterrains sont moins risqués que ceux atmosphériques, mais jamais totalement sûrs. Des gaz radioactifs s’échappent parfois. ». Des précédents étrangers rappellent les dangers de ce type d’expérimentation : en 1962, l’essai français « Béryl » en Algérie avait provoqué un nuage radioactif massif. Même dans les atolls polynésiens de Moruroa et Fangataufa, les effets à long terme demeurent incertains.

Une dette écologique impossible à effacer

Les explosions enfouies laissent derrière elles un héritage invisible. La chaleur des bombes vitrifiant les matières radioactives, notamment le plutonium, dont la demi-vie atteint 24 000 ans, les risques de contamination se prolongent sur des millénaires. Patrice Bouveret, président de l’Observatoire des armements, met en garde : « Nous ne savons pas si ces déchets resteront confinés. Un simple mouvement de terrain pourrait libérer la radioactivité enfouie. »

Frank N. von Hippel, de l’université de Princeton, ajoute que ces résidus pourraient un jour atteindre les nappes phréatiques, même si le site du Nevada demeure isolé. Pour Roland Desbordes, de la CRIIRAD, « ces essais sont des cadeaux empoisonnés laissés à nos enfants ». Au-delà de l’impact environnemental, la décision de Washington aurait des conséquences politiques majeures. La reprise d’essais par les États-Unis pourrait pousser d’autres puissances, Russie, Chine, Inde ou Pakistan, à en faire autant, brisant le fragile équilibre du régime de non-prolifération.

« Nous vivons la plus longue période sans essais nucléaires de l’histoire », rappelle Benoît Pelopidas, professeur à Sciences Po. « Si les États-Unis rompent cette trêve, ils ouvriront la voie à une nouvelle course aux armements. ». Vladimir Poutine a d’ailleurs déjà laissé entendre que la Russie pourrait répliquer. Un scénario inquiétant dans un monde déjà confronté à l’urgence climatique.

En rouvrant la porte aux essais nucléaires, les États-Unis risquent non seulement de réactiver la rivalité des puissances, mais aussi d’aggraver une dette écologique impossible à solder. Sous le désert du Nevada comme ailleurs, les traces du passé atomique rappellent qu’aucune explosion ne disparaît jamais totalement.

Souvenir ZANNOU

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