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El Niño : en Afrique, pourquoi les femmes pourraient payer le prix fort d’un nouveau choc climatique

Un épisode El Niño particulièrement intense se développe en 2026 et pourrait modifier les régimes de températures et de précipitations dans plusieurs régions du monde.

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 17 août 2026 · 3 min de lecture

El Niño : en Afrique, pourquoi les femmes pourraient payer le prix fort d’un nouveau choc climatique

Un épisode El Niño particulièrement intense se développe en 2026 et pourrait modifier les régimes de températures et de précipitations dans plusieurs régions du monde. En Afrique, ses conséquences pourraient être lourdes pour l’agriculture, l’eau et la sécurité alimentaire. Mais derrière les prévisions climatiques se joue aussi une réalité sociale : les femmes rurales, nombreuses à travailler dans l’agriculture et à assurer l’alimentation des ménages, disposent souvent de moins de terres, de financements et de ressources pour faire face aux chocs climatiques.

Un phénomène climatique, des conséquences très différentes selon les régions

El Niño correspond à un réchauffement anormal des eaux de surface du Pacifique équatorial qui perturbe les circulations atmosphériques et modifie les températures et les précipitations à l’échelle mondiale. Selon l’Organisation météorologique mondiale, l’épisode actuellement en développement devrait influencer les conditions climatiques durant les prochains mois, avec des températures supérieures aux normales dans de nombreuses régions et des modifications importantes des régimes de pluie.


Pour l’Afrique, il n’existe toutefois pas un scénario unique. L’impact varie selon les régions et les saisons.
La FAO indique que, lors des épisodes El Niño précédents, certaines parties de l’Afrique de l’Est ont connu davantage de précipitations entre octobre et décembre, augmentant les risques d’inondations et de glissements de terrain.

À l’inverse, certaines zones d’Afrique australe ont enregistré une diminution des pluies pendant la saison agricole. En Afrique de l’Ouest et au Sahel, El Niño a historiquement été associé à des conditions plus sèches entre juillet et septembre, période qui correspond à une partie importante de la saison agricole.
L’enjeu est donc double : sécheresse dans certaines zones, pluies excessives et inondations dans d’autres.

Quand les dérèglements climatiques frappent celles qui nourrissent les familles

Une femme avec son bébé de quelques mois pour la recherche d’eau dans un puit sec

Les agricultrices africaines ne sont pas seulement des victimes potentielles du changement climatique. Elles sont aussi des actrices essentielles des systèmes alimentaires.

Elles cultivent, transforment, commercialisent les produits agricoles et assument une part importante de la sécurité alimentaire des ménages. Pourtant, elles disposent souvent de moins de ressources que les hommes pour faire face aux chocs : accès à la terre, crédit, équipements, intrants, technologies agricoles ou services de conseil.
La FAO souligne que les femmes rurales font face à des contraintes plus importantes dans l’accès aux ressources productives et aux services, ce qui peut accroître leur vulnérabilité économique lors des crises et catastrophes.

Lorsque les pluies deviennent insuffisantes, les récoltes diminuent. Lorsque les pluies deviennent excessives, les champs peuvent être inondés et les cultures détruites. Dans les deux cas, la perte de production peut réduire les revenus des femmes et fragiliser l’alimentation des familles.

La crise peut également augmenter leur travail invisible. Lorsque l’eau devient plus difficile à trouver ou que les récoltes diminuent, les femmes doivent souvent consacrer davantage de temps à l’approvisionnement du ménage et à la préparation des repas.

Le changement climatique ne crée donc pas toutes les inégalités entre les femmes et les hommes. Il peut les amplifier.

Préparer El Niño, c’est aussi préparer les femmes

L’Union africaine a déjà engagé des travaux de préparation face à l’épisode El Niño attendu en 2026-2027, en réunissant météorologues, experts du climat, services hydrologiques, secteurs sensibles et acteurs de la société civile. Cette anticipation est essentielle, car les effets d’El Niño peuvent être en partie prévus plusieurs mois à l’avance.
Mais l’alerte climatique ne suffit pas.
Une information météorologique qui n’atteint pas l’agricultrice au moment où elle doit décider de semer, planter, récolter ou protéger ses cultures perd une partie de son utilité. De même, une politique d’adaptation qui prévoit des financements sans garantir aux femmes l’accès à la terre, au crédit et aux équipements risque de reproduire les mêmes inégalités.

La préparation doit donc intégrer les femmes comme productrices, entrepreneures, décideuses et détentrices de connaissances locales, et non uniquement comme populations vulnérables.

Cela signifie renforcer leur accès aux prévisions climatiques, aux semences adaptées, à l’irrigation, au financement climatique, aux assurances agricoles et aux dispositifs de protection sociale. Cela signifie également soutenir les organisations féminines qui travaillent déjà sur la résilience des communautés.

Face à El Niño, l’Afrique ne peut pas seulement se demander combien de pluie tombera ou combien de récoltes seront perdues.
Elle doit aussi se demander : qui aura les moyens de s’adapter ?
Et dans de nombreuses communautés africaines, cette question concerne directement les femmes.

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