Climat & environnement

Crise de la farine de poisson au Sénégal : les femmes transformatrices face à un désastre écologique et social

‎Maty Ndao, 66 ans, se bat depuis des années contre un ennemi invisible : les usines de farine de poisson.

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 3 février 2025 · Mis à jour le 6 mars 2025 · 2 min de lecture

Maty Ndao, transformatrice de poissons depuis son adolescence, lutte contre la présence au Sénégal d’usines de fabrication de farine et d’huile de poisson. – © Fanny Pigeaud / Reporterre


‎Maty Ndao, 66 ans, se bat depuis des années contre un ennemi invisible : les usines de farine de poisson. Sur la plage de Cayar, à 60 km de Dakar, cette transformatrice artisanale assiste, impuissante, à l’effondrement de son métier. Comme des centaines de femmes, elle voit les sardinelles ,poisson clé de l’alimentation sénégalaise  disparaître au profit d’une industrie vorace, accusée d’aggraver pauvreté et insécurité alimentaire. 
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‎La fin d’un héritage féminin
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‎Le « site de transformation » de Cayar, autrefois bourdonnant d’activité, n’est plus que l’ombre de lui-même. Ici, des générations de femmes ont séché des poissons sur des claies en bois pour produire le *ceebu jën*, plat national sénégalais.

Aujourd’hui, les claies sont vides. « Nous étions 325 transformatrices. Il en reste moins de 100 », explique Mor Mbengue, pêcheur et porte-parole du collectif *Taxawu Cayar*. La raison ? Les usines comme *Touba Protéine Marine* raflent les prises des pêcheurs, offrant des prix que les artisanes ne peuvent égaler. 
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‎Le gaspillage en chiffres

‎- 5 kg de poissons frais nécessaires pour 1 kg de farine. 
‎- 60 000 tonnes de poissons détournés annuellement vers ces usines (Greenpeace Afrique). 
‎- 90 % de baisse des stocks de sardinelles depuis 2010. 
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‎Insécurité alimentaire et exode des jeunes

‎« Avant, je gagnais 350 000 FCFA par mois. Maintenant, nous sommes pauvres », témoigne Maty Ndao. Conséquence directe : les enfants de la communauté risquent leur vie dans des migrations clandestines vers l’Europe.

La raréfaction du poisson, aggravée par la surpêche industrielle, a aussi fait exploser les prix. La consommation annuelle par habitant est passée de 18 kg à 9 kg en dix ans – un désastre dans un pays où le poisson représente 70 % des apports en protéines animales. 
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‎L’urgence écologique
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‎Les usines ne sont pas seules responsables, mais elles accélèrent la crise. « Elles incitent les pêcheurs à tout prendre, même les juvéniles », dénonce Mamadou Sarr, coordonnateur de la *Coalition contre les usines de farine et huile de poisson*. Résultat : les stocks de sardinelles, déjà fragilisés par le réchauffement climatique, se sont effondrés de 250 000 tonnes (années 2010) à 10 000 tonnes en 2024. 
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‎En 2024, la Coalition a remis au nouveau gouvernement sénégalais un mémorandum exigeant : 
‎1. L’interdiction de nouvelles usines. 
‎2. La protection des métiers artisanaux. 
‎3. Le respect des lois interdisant la pêche des juvéniles. 
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‎Sur le plan international, des ONG comme *Feedback* (Royaume-Uni) dénoncent un **« colonialisme alimentaire »** : l’huile de poisson ouest-africaine nourrit des saumons d’élevage norvégiens, tandis que 4 millions de personnes dans la région subissent la faim.

La France, premier importateur européen, est pointée du doigt. 
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‎Si les nouvelles autorités promettent des réformes, Maty Ndao reste sceptique : « L’usine de Cayar est à l’arrêt, mais elle peut redémarrer demain. » Pour elle, le vrai combat est de « préserver la mer pour nos enfants ». 
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