Spécialiste de la communication sur la pollution plastique, artiste, photographe engagé et entrepreneur, Anas Seko est aujourd’hui l’une des voix les plus connues du plaidoyer contre la pollution plastique au Bénin. Cofondateur de la Coalition Internationale Francophone Zéro Plastique, qui rassemble plus de 370 organisations dans 26 pays, il revient sur les origines de son engagement, les défis liés à la gestion des déchets plastiques et les solutions qu’il juge prioritaires pour protéger la santé humaine et l’environnement.
Propos recueillis par Bienvenue LOKOSSOU
De l’indignation à l’engagement
Voix Vertes d’Afrique : Qui est Anas Seko ?
Anas Seko : Je suis spécialiste en communication sur la pollution plastique, artiste, photographe engagé, activiste et entrepreneur. Je suis également cofondateur de la Coalition Internationale Francophone Zéro Plastique qui regroupe aujourd’hui plus de 370 organisations dans 26 pays.
Voix Vertes d’Afrique : Qu’est-ce qui a déclenché votre engagement contre les déchets plastiques ?
Anas Seko : Mon engagement est né de mon histoire personnelle. Depuis mon enfance, j’étais choqué par la présence des déchets dans notre environnement. Mais c’est en classe de Terminale qu’il y a eu un véritable déclic. Je voyais des déchets partout : dans la cour de l’école, dans les rues, autour des habitations.
À un moment donné, je n’ai plus voulu rester simple observateur.
Je me suis indigné et je me suis engagé.
À partir de là, j’ai commencé à réfléchir à des solutions pour les communautés avant de développer progressivement une approche fondée sur la communication environnementale.
Pour moi, le préalable à l’action, c’est la compréhension. Si les populations ne comprennent pas les enjeux, elles ne peuvent pas agir efficacement.
« La pollution plastique est un défi sanitaire, environnemental et climatique »
Pourquoi la pollution plastique reste-t-elle un problème majeur au Bénin ?Anas Seko : Nous consommons énormément de plastique alors même que nous n’en produisons pas autant.
Le problème est que le plastique n’est pas seulement une question de déchets visibles. Il y a des milliers de substances chimiques dans le monde qui existent et qui rentrent dans la fabrication du plastique. L’ensemble des plastiques intègre des milliers de substances, certains sont considérés comme toxiques pour la santé humaine.
Nous parlons de perturbateurs endocriniens, de risques de cancers et de nombreux autres problèmes sanitaires.Même si le Bénin dispose de textes réglementaires visant à réduire l’utilisation de certains plastiques, leur application demeure insuffisante.Et surtout, le problème ne concerne pas uniquement les sachets plastiques. Les bouteilles, les emballages alimentaires et de nombreux objets du quotidien participent également à cette pollution croissante.Le défi est sanitaire, environnemental mais aussi climatique.
Réduire avant de recycler
Quels sont aujourd’hui les principaux obstacles à une gestion efficace des déchets plastiques ?
Anas Seko : On parle souvent de recyclage, mais il faut d’abord parler de réduction.Le premier défi consiste à réduire la consommation du plastique à la source.Le deuxième défi est le tri des déchets. Sans tri, il ne peut pas y avoir de valorisation efficace. Enfin, il faut rappeler que tous les plastiques ne sont pas recyclables. Certains matériaux se dégradent progressivement et ne peuvent pas être recyclés indéfiniment.Le recyclage reste important, mais il ne peut pas être considéré comme la seule solution.
Femmes et hommes, acteurs de première ligne
Quel rôle les citoyens peuvent-ils jouer dans cette lutte ?
Anas Seko : Les femmes comme les hommes ont un rôle essentiel.Dans les marchés, dans les communautés ou au sein des ménages, chacun peut contribuer à réduire la consommation du plastique et à sensibiliser son entourage.
Nous utilisons parfois du plastique dans des conditions qui peuvent être dangereuses pour la santé, notamment lorsqu’il entre en contact avec des aliments chauds.Il est donc important de mieux informer les populations sur les risques liés à certaines pratiques.
Comment rendre l’écologie plus attractive ?Comment faire passer efficacement les messages environnementaux ?
Anas Seko : Il faut attirer l’attention pour faire passer le message.Les réseaux sociaux représentent aujourd’hui des outils incontournables. Facebook, TikTok ou encore les podcasts permettent de toucher des publics très divers.Mais la communication environnementale ne doit pas se limiter au numérique.
La musique, le football, l’humour ou encore les spectacles peuvent devenir de puissants outils de sensibilisation.Je rêve par exemple d’organiser un one-man-show consacré à l’environnement.L’idée est simple : partir des centres d’intérêt des populations pour transmettre des messages utiles sans dénaturer le fond.Cette lutte concerne absolument tout le monde
Quel message souhaitez-vous adresser aux citoyens africains ?
Anas Seko : La lutte contre la pollution plastique n’est pas une question de préférence personnelle.C’est une question de santé publique, de protection de l’environnement, de biodiversité, d’agriculture et de sécurité alimentaire.
Que l’on soit étudiant, journaliste, artisan, commerçant, élu local ou parent, nous sommes tous concernés.
Une mesure prioritaire,si vous pouviez imposer une seule mesure aujourd’hui, laquelle choisiriez-vous ?
Anas Seko : Je renforcerai s l’interdiction des plastiques à usage unique, Unique, notamment, les plats en plastique à usage unique, les gobelets en plastique à usage unique que les gens utilisent beaucoup à la plage. Les pipettes en plastique à usage unique . Je renforcerais , je réduirai l’utilisation d’un certain type de plastiques et j’exigerais maintenant d’avantage de transparence sur les substances utilisées dans leur fabrication.Certaines composantes du plastique peuvent avoir des effets très nocifs sur la santé à long terme.Nous devons donc agir davantage en prévention.
À retenir « Le préalable à l’action, c’est la compréhension. »« Je me suis indigné et je me suis engagé. »« La lutte contre la pollution plastique concerne absolument tout le monde. »
Photo : Anas Seko. Entretien réalisé par Bienvenue LOKOSSOU pour la rubrique “Voix Vertes d’Afrique”.


