À quoi ressemblera l’agriculture biologique en 2040 ? Une étude prospective commandée par le ministère de l’Agriculture imagine quatre scénarios possibles, allant du repli du secteur à son triomphe comme modèle de référence.
Derrière ces trajectoires se jouent bien plus que des choix techniques : c’est la justice sociale, la souveraineté alimentaire et l’égalité entre les femmes et les hommes qui sont en jeu.
Le bio, un choix politique et de société
Aujourd’hui, 22 % des zones agricoles mondiales sont en dégradation avancée, tandis que la demande en produits respectueux de l’environnement progresse, mais reste fragile. Le rapport montre que l’avenir du bio ne dépend pas seulement des consommateurs, mais des politiques publiques.
En 2040, selon l’étude, deux voies principales se dessinent : soit un bio marginalisé par les logiques de marché et le poids des filières conventionnelles, soit un bio soutenu par une fiscalité écologique, une sécurité sociale de l’alimentation et des objectifs contraignants en restauration collective. Dans ce second cas, le bio devient non seulement un mode de production agricole, mais un pilier de justice environnementale et sociale.
Femmes rurales et souveraineté alimentaire : les grandes oubliées ?
L’étude souligne aussi que la transition agricole ne peut réussir sans reconnaître le rôle des femmes rurales. Dans de nombreux territoires, notamment en Afrique et en Amérique latine, elles représentent plus de 50 % de la main-d’œuvre agricole, mais restent marginalisées dans l’accès au foncier, au crédit et aux aides publiques. Or, le bio valorise justement leur savoir-faire traditionnel, leur gestion durable des semences et leur lien direct avec les circuits courts. Faire de l’agriculture biologique une référence en 2040, c’est donc donner enfin une place centrale aux femmes dans les politiques agricoles. C’est aussi réaffirmer la souveraineté alimentaire des peuples, en réduisant la dépendance aux multinationales de l’agrochimie.
Une transition inévitable mais contestée
Même en 2040, l’étude prévoit des résistances : certaines coopératives et producteurs refuseront de convertir leurs pratiques. Pourtant, la tendance générale semble claire : avec le changement climatique, les crises sanitaires et l’urgence écologique, l’agriculture biologique s’impose comme une réponse globale.
Les experts estiment qu’elle pourrait générer des bénéfices annuels équivalents à 39 000 milliards de dollars si elle était soutenue massivement. Autrement dit, investir dans le bio n’est pas une utopie coûteuse, mais un choix rationnel et durable, au service de la santé, de l’environnement et de l’égalité.


