Climat & environnement

99 % de l’humanité respire un air trop pollué : une menace sanitaire mondiale

Le constat est alarmant. Selon une étude récente de l’entreprise suisse IQAir, spécialisée dans la surveillance de la qualité de l’air, seuls 1 % des habitants de la planète vivent dans des zones où l’air respecte les…

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 14 mars 2025 · 3 min de lecture

‎Des conducteurs de scooters portant des masques dans le brouillard de pollution de Hanoï, au Vietnam, le 5 mars 2025. Les zones les plus touchées par la pollution de l’air se trouvent principalement en Afrique et en Asie. – © Nhac NGUYEN / AFP

Le constat est alarmant. Selon une étude récente de l’entreprise suisse IQAir, spécialisée dans la surveillance de la qualité de l’air, seuls 1 % des habitants de la planète vivent dans des zones où l’air respecte les normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

En d’autres termes, 99 % de la population mondiale respire un air chargé de particules fines en quantités dangereuses pour la santé.

Une pollution omniprésente, des normes largement dépassées

Sur les 138 pays et territoires analysés, seuls sept États et cinq territoires insulaires affichent des niveaux de particules fines (PM2,5) inférieurs à la limite de 5 µg/m³ recommandée par l’OMS. Parmi eux, l’Australie, l’Estonie, la Nouvelle-Zélande, Grenade, l’Islande, ainsi que les Bahamas et la Barbade, qui ont rejoint cette liste en 2024.

En revanche, d’autres régions du monde enregistrent des niveaux de pollution particulièrement élevés. Le Tchad détient le triste record du pays à l’air le plus pollué, avec une concentration annuelle moyenne de 91,8 µg/m³, soit 18 fois la norme de l’OMS. Il est suivi du Bangladesh (78 µg/m³), du Pakistan (73,7 µg/m³), de la République démocratique du Congo (58,2 µg/m³) et de l’Inde (50,6 µg/m³).


Si la situation générale est préoccupante, quelques améliorations sont à noter. IQAir indique que 17 % des villes respectent désormais les recommandations de l’OMS, contre seulement 9 % l’année précédente. Un progrès qui reste néanmoins insuffisant pour garantir la protection des populations. « Il reste encore beaucoup à faire pour protéger la santé humaine, en particulier celle des enfants », alerte le rapport.

Byrnihat, en Inde, est la ville la plus polluée en 2024, avec une concentration annuelle de particules fines atteignant 128,2 µg/m³. De manière plus large, la région d’Asie centrale et du Sud regroupe les sept métropoles les plus polluées au monde.

Un fléau sanitaire sous-estimé

Les effets de la pollution de l’air sur la santé sont multiples et bien documentés. Elle constitue la deuxième cause de décès évitable à l’échelle mondiale. « L’exposition aux particules fines favorise les maladies cardiovasculaires, les infarctus et les accidents vasculaires cérébraux », explique Antoine Trouche, ingénieur à Airparif. Elle est également impliquée dans le développement de cancers pulmonaires, d’asthme, de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) et de pathologies neurodégénératives telles que la maladie de Parkinson ou la démence.

En France, malgré une baisse significative des niveaux de pollution – passant de 13,2 µg/m³ en 2018 à 8,1 µg/m³ en 2024 –, les impacts restent lourds. « En Île-de-France, 7 900 décès prématurés par an pourraient être évités si les seuils de l’OMS étaient respectés », souligne l’ingénieur.

Les chercheurs déplorent un accès inégal aux données sur la pollution atmosphérique, notamment en Afrique et en Asie, où les réseaux de surveillance sont insuffisants. « Nous travaillons avec des pays en développement pour les aider à mettre en place des dispositifs de surveillance fiables », indique Antoine Trouche. IQAir recommande d’augmenter le nombre de stations de mesure afin d’obtenir une cartographie plus précise des zones les plus affectées.

Quelles solutions pour réduire la pollution de l’air ?

Face à l’urgence, IQAir exhorte les gouvernements à renforcer leurs réglementations en matière de qualité de l’air et à aligner leurs politiques sur les recommandations de l’OMS. L’interdiction du brûlage agricole et de la biomasse ainsi que l’accélération de la transition énergétique figurent parmi les mesures prioritaires.

À l’heure où la pollution de l’air représente une menace sanitaire globale, une action concertée et immédiate est nécessaire pour protéger les générations présentes et futures.

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