
Depuis 1970, 22 % des zones humides de la planète ont disparu, soit l’équivalent de 411 millions d’hectares rayés par l’urbanisation, l’agriculture, la pollution et le réchauffement climatique. Si rien n’est fait, un cinquième de celles qui subsistent pourrait disparaître d’ici 2050. Une hécatombe silencieuse, alors que ces écosystèmes sont vitaux pour la biodiversité, la sécurité alimentaire et la lutte contre le changement climatique.
Des poumons bleus en voie d’extinction
Marais, mangroves, tourbières, récifs coralliens Autant d’écosystèmes que l’on croyait éternels et qui s’effondrent sous la pression humaine. Selon le rapport mondial sur les zones humides publié le 15 juillet 2025, une zone sur quatre est déjà en mauvais état écologique. Ces espaces jouent pourtant un rôle crucial : ils filtrent et stockent l’eau douce, limitent les sécheresses et inondations, abritent une biodiversité unique (poissons, crustacés, oiseaux, mollusques) et représentent des puits de carbone irremplaçables.
Le paradoxe est criant : sauver les zones humides coûterait entre 275 et 550 milliards de dollars par an, alors qu’elles rapportent près de 39 000 milliards de dollars chaque année à la société par les services qu’elles rendent. Au-delà des chiffres, leur disparition aggrave la pauvreté rurale, menace les cultures vivrières comme le riz et frappe en premier lieu les femmes.
Dans de nombreuses régions d’Afrique et d’Asie, ce sont elles qui assurent la collecte de l’eau et la gestion des ressources locales. Leur invisibilisation dans les politiques climatiques accentue cette double peine : elles portent le poids du dérèglement, mais n’ont pas toujours voix au chapitre.
Un enjeu de justice universelle
La disparition des zones humides n’est pas seulement une crise écologique, c’est une atteinte aux droits humains. Ces espaces sont le socle de la vie, un patrimoine commun qui protège aussi bien les deltas africains que les archipels asiatiques.
Laisser mourir les zones humides, c’est sacrifier des générations entières sur l’autel d’une croissance aveugle. La prochaine Conférence des parties à la Convention sur les zones humides, prévue à Victoria Falls (Zimbabwe), pourrait être le tournant où les États choisiront entre indifférence ou courage.


