Droits des femmes

Somalie : une loi sur le mariage des filles provoque un tollé national et international

Adoptée puis suspendue en moins de 24 heures, une loi somalienne autorisant le mariage à partir de 15 ans a suscité une vague d’indignation.

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 9 octobre 2025 · 2 min de lecture

Somalie : une loi sur le mariage des filles provoque un tollé national et international

Adoptée puis suspendue en moins de 24 heures, une loi somalienne autorisant le mariage à partir de 15 ans a suscité une vague d’indignation. Les organisations de défense des droits des femmes dénoncent un “recul historique” pour la protection des enfants.

Mogadiscio, 8 octobre 2025.La Somalie a été secouée cette semaine par une vive polémique autour d’un projet de loi controversé. Le texte, brièvement adopté par le Parlement avant d’être suspendu, visait à abaisser l’âge légal du mariage à 15 ans.

Une mesure aussitôt dénoncée par des ONG et des associations locales, qui y voient une légitimation des mariages précoces et un danger grave pour les droits des filles.Selon les premières informations, la loi avait été introduite dans le cadre d’une révision constitutionnelle. Elle permettait aux jeunes filles considérées comme “pubères” de se marier avec le consentement des parents.

Face à la pression populaire et internationale, le gouvernement a annoncé son retrait, évoquant la nécessité de “consultations plus approfondies”.

Vives réactions des organisations de défense des droits des femmes

La proposition a immédiatement suscité l’indignation.« Ce texte place la Somalie sur une pente dangereuse », a déclaré Laetitia Bader, directrice adjointe Afrique de Human Rights Watch, dans un communiqué. « Il viole les normes internationales de protection de l’enfance et ouvre la porte à des abus systémiques. »

L’IIDA Women’s Development Organisation, l’une des principales ONG féministes somaliennes, a pour sa part salué la suspension du texte, tout en appelant à “une loi claire et protectrice fixant l’âge minimum du mariage à 18 ans, sans exception religieuse ni coutumière”.

Un débat culturel et religieux sensible

En Somalie, les mariages précoces restent profondément ancrés dans certaines traditions et justifiés par des interprétations religieuses. Selon le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), près de 36 % des filles somaliennes sont mariées avant l’âge de 18 ans, et 14 % avant 15 ans.Pour plusieurs leaders religieux, la loi suspendue n’aurait fait qu’“aligner la législation sur la réalité sociale”.

Des manifestations d’hommes favorables au texte ont même eu lieu à Mogadiscio et à Kismayo, réclamant son rétablissement.Mais pour les défenseurs des droits humains, ces arguments masquent un problème plus profond. “Ce n’est pas une question de foi, c’est une question de pouvoir sur le corps des femmes”, estime Hodan Ahmed, militante somalienne pour les droits des filles.

Un recul inquiétant pour les droits des filles en Afrique de l’Est

La tentative d’abaisser l’âge du mariage intervient dans un contexte régional où plusieurs pays africains tentent au contraire de renforcer la protection des mineures.Au Kenya et en Tanzanie, les lois criminalisant le mariage avant 18 ans ont permis une baisse progressive du phénomène.

L’Union africaine, à travers sa campagne “End Child Marriage”, appelle les États membres à harmoniser leurs législations nationales pour mettre fin à cette pratique jugée néfaste pour la santé, l’éducation et l’autonomie des filles. Pour Terre & Femme, ce débat révèle une lutte plus large : celle entre le conservatisme patriarcal et la défense de la dignité féminine. Tant que le corps des filles restera un champ de bataille politique et culturel, l’égalité ne sera qu’un idéal lointain.

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