Dans le silence presque total de la communauté internationale, les femmes afghanes voient leurs droits se dissoudre dans un nouvel arsenal juridique. Sous couvert de loi, les violences conjugales sont normalisées, l’accès à la justice verrouillé et la présence féminine méthodiquement effacée de l’espace public. Une mécanique d’oppression qui interroge bien au-delà des frontières de l’Afghanistan.

Fatima, 16 ans, espèrent quitter l’Afghanistan pour devenir femme d’affaires ©Radio France
Une loi qui transforme la violence en norme
À Afghanistan, la guerre ne se mène pas seulement sur les lignes de front. Elle se joue aussi, et surtout, à huis clos. Un nouveau code pénal, adopté dans une opacité totale, consacre une vision radicale de la société où les femmes sont juridiquement subordonnées aux hommes.
Inspiré d’une interprétation rigoriste du droit religieux, ce texte autorise explicitement les maris à infliger des châtiments physiques, sexuels et psychologiques à leurs épouses, à condition que les blessures ne soient pas « visibles ». En 2026, cette disposition équivaut à une légalisation de fait des violences conjugales, touchant près de 20 millions de femmes, réduites à une citoyenneté conditionnelle.
Une justice inaccessible, pensée contre les femmes
Pour les rares femmes qui tenteraient de saisir la justice, l’obstacle est quasi infranchissable. Le système impose la preuve de lésions graves tout en interdisant aux victimes de se dévoiler devant un juge. Pire encore, elles doivent comparaître accompagnées d’un tuteur masculin, souvent leur agresseur.
Dans les villes comme Kaboul, Hérat ou Mazar-e-Charif, toute discussion publique ou en ligne sur ces lois est passible de sanctions. Résultat : une répression silencieuse, sans images virales, sans slogans, mais d’une efficacité redoutable. Même lorsque les faits sont reconnus, la peine maximale encourue par les auteurs dépasse rarement quinze jours de prison.
L’apartheid de genre, une alerte mondiale
En quatre ans, les autorités ont multiplié les décrets restreignant chaque aspect de la vie des femmes : interdiction d’étudier au-delà du primaire, de travailler, de voyager seules, de fréquenter les espaces publics ou même d’être visibles.
Certaines mesures vont jusqu’à imposer la fermeture des fenêtres des habitations féminines, symbolisant l’effacement physique et social des femmes.
En janvier 2026, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, dirigé par Nations unies, a qualifié la situation d’« apartheid de genre », appelant à une réponse juridique internationale. Une qualification lourde de sens, qui résonne aussi en Afrique, où les reculs des droits des femmes s’opèrent parfois de manière plus diffuse, mais tout aussi systémique.
Pour Terre et Femme, ONG et web média engagé dans la défense des droits des femmes, l’Afghanistan agit comme un révélateur brutal : lorsque les droits des femmes deviennent négociables, c’est l’humanité entière qui recule.


