Femmes impactantes

Marième Niang, pionnière du cinéma africain et figure de l’émancipation féminine, s’est éteinte à 70 ans

Actrice emblématique de l’âge d’or du cinéma sénégalais, Marième Niang, connue sous le nom de Myriam Niang, est décédée le 11 janvier 2025 à New York.

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 14 avril 2025 · 2 min de lecture



Actrice emblématique de l’âge d’or du cinéma sénégalais, Marième Niang, connue sous le nom de Myriam Niang, est décédée le 11 janvier 2025 à New York. Icône de liberté et de modernité, elle a incarné une génération de femmes africaines en quête de voix, de regards et de destin.

L’Afrique du cinéma pleure une de ses étoiles les plus éclatantes. Marième Niang s’est imposée dans les années 1970 comme l’une des figures les plus audacieuses et singulières du septième art africain. Son décès, survenu à l’âge de 70 ans, marque la fin d’une époque, celle où les écrans se faisaient révolte, et où des femmes comme elle portaient à l’écran les rêves, les luttes et les silences de toute une génération.

Née le 26 mars 1954, elle grandit dans un Sénégal en pleine mutation. Très tôt, elle choisit de faire entendre une voix libre dans un monde encore corseté par les traditions. À une époque où les rôles féminins étaient souvent cantonnés à l’effacement ou à la docilité, Marième Niang impose une présence rare : regard fier, silhouette longiligne, prestance brute. Elle n’était pas là pour plaire, mais pour exister pleinement.

Son rôle le plus marquant reste celui d’Anta dans “Touki Bouki” (1973) de Djibril Diop Mambéty, film culte devenu un manifeste générationnel. À travers ce personnage, elle incarne une femme indépendante, insoumise, portée par un désir d’ailleurs, de liberté, de rupture avec les schémas établis. Son duo avec Magaye Niang, empreint de sensualité et de rébellion, transcende les écrans : elle n’est pas l’ombre du héros, elle est son miroir, sa tension, son avenir incertain.

Par son jeu, Marième Niang donne corps à une autre image de la femme africaine, loin des clichés de soumission. Elle devient un symbole d’émancipation, non pas théorique mais vécue, vibrante, filmée.

Sa collaboration avec des cinéastes majeurs comme Sembène Ousmane, Momar Thiam ou Ousmane William Mbaye témoigne de la reconnaissance que lui vouaient les figures les plus exigeantes du cinéma africain.

En 2018, le monde lui rend un hommage inattendu : Beyoncé et Jay-Z s’inspirent de Touki Bouki pour leur tournée On The Run II, reprenant une séquence emblématique du film. Un clin d’œil transatlantique à la puissance évocatrice de ce duo mythique et, surtout, à cette femme qui incarnait l’audace dans un monde qui l’attendait peu.

Marième Niang a tiré sa révérence à New York, loin de sa terre, mais elle a été inhumée le 17 janvier à Mbour, à 80 kilomètres au sud de Dakar. Là où tout a commencé, là où l’Afrique pleure une actrice, mais célèbre surtout une femme debout.

Elle laisse en héritage bien plus que des rôles : une posture, un refus du silence, une façon d’habiter l’écran comme on habite le monde, avec intensité et liberté.

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