Droits des femmes

L’égalité ne signifie pas toujours traiter tout le monde de la même façon : au Bénin, la gratuité scolaire des filles relance le débat sur la discrimination positive

La décision du gouvernement béninois d’étendre, à partir de 2027, la gratuité de la scolarité des filles de la sixième jusqu’en classe de Terminale continue de susciter de vives réactions.

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 12 juin 2026 · 3 min de lecture

L’égalité ne signifie pas toujours traiter tout le monde de la même façon : au Bénin, la gratuité scolaire des filles relance le débat sur la discrimination positive

La décision du gouvernement béninois d’étendre, à partir de 2027, la gratuité de la scolarité des filles de la sixième jusqu’en classe de Terminale continue de susciter de vives réactions. Sur les réseaux sociaux comme dans l’espace public, de nombreuses voix dénoncent une mesure jugée injuste envers les garçons. Pourtant, derrière cette polémique se cache une notion juridique et sociale souvent mal comprise : la discrimination positive. Loin de créer un privilège, elle vise à corriger des inégalités structurelles profondément enracinées.

L’annonce de cette mesure a rapidement divisé l’opinion publique béninoise. Pour certains, accorder la gratuité scolaire uniquement aux filles constituerait une forme de discrimination inversée. Mais cette lecture passe à côté d’une réalité essentielle : l’égalité ne signifie pas toujours traiter tout le monde de manière identique.

Dans une société marquée par des inégalités historiques, offrir exactement les mêmes conditions à tous peut paradoxalement perpétuer les déséquilibres existants. C’est précisément pour répondre à ce type de situation que la discrimination positive a été pensée.

Pourquoi les filles ne partent pas avec les mêmes chances

Au Bénin, malgré les progrès enregistrés dans l’accès à l’éducation, les filles restent plus exposées au décrochage scolaire que les garçons. Selon l’UNESCO, en Afrique subsaharienne, près de 40 % des filles n’achèvent pas le premier cycle du secondaire, contre une proportion légèrement inférieure chez les garçons.

Les causes sont bien connues : mariages précoces, grossesses en milieu scolaire, charges domestiques, violences basées sur le genre et précarité économique des ménages.D’après l’UNICEF, 31 % des filles béninoises sont mariées avant l’âge de 18 ans, tandis qu’environ 5 % le sont avant 15 ans. À cela s’ajoutent les grossesses précoces, qui constituent l’une des causes majeures d’abandon scolaire.

Dans de nombreuses familles à faibles revenus, lorsqu’il faut arbitrer entre la scolarité d’un garçon et celle d’une fille, le garçon reste encore prioritaire, notamment dans les zones rurales.Autrement dit, les filles ne commencent pas toujours la course au même point. Elles avancent souvent avec des obstacles supplémentaires que les statistiques comme les réalités sociales confirment.

La discrimination positive : corriger une inégalité, pas créer un privilège

La discrimination positive , aussi appelée action affirmative désigne un ensemble de mesures temporaires destinées à soutenir un groupe historiquement désavantagé afin de rétablir une égalité réelle des opportunités.L’idée est simple : lorsque deux groupes ne partent pas du même point, leur appliquer exactement les mêmes règles ne garantit pas automatiquement la justice.Prenons une image simple : si deux coureurs participent à une course mais que l’un démarre cinquante mètres derrière l’autre, affirmer qu’ils ont les mêmes chances parce qu’ils courent sur la même piste relève de l’illusion.

Pour rendre la compétition équitable, il faut d’abord corriger le handicap initial.Ce principe est reconnu par la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF/CEDAW). Son article 4 autorise des mesures temporaires spéciales destinées à accélérer l’égalité entre femmes et hommes.Les quotas politiques, les bourses réservées aux filles, les programmes d’alphabétisation ciblés ou encore les dispositifs spécifiques d’accès à l’éducation relèvent tous de cette logique.

Dans le cas béninois, la gratuité scolaire des filles n’enlève donc aucun droit aux garçons. Elle cherche plutôt à compenser des désavantages structurels bien réels.Le vrai débat : égalité ou équité ?La controverse actuelle révèle surtout une confusion entre deux notions fondamentales : l’égalité et l’équité.L’égalité de genre consiste à garantir aux femmes et aux hommes les mêmes droits, ressources et opportunités.L’équité de genre, en revanche, reconnaît que femmes et hommes ne démarrent pas toujours avec les mêmes chances. Elle accepte donc des mesures différenciées pour corriger les désavantages initiaux et atteindre une égalité effective.

En résumé : Égalité : tout le monde reçoit la même chose

Équité : chacun reçoit ce dont il a besoin pour atteindre les mêmes chancesC’est précisément ce que beaucoup de critiques de la mesure béninoise semblent confondre.

Le débat autour de la gratuité scolaire des filles dépasse ainsi la seule question des frais d’écolage. Il interroge notre compréhension de la justice sociale. Construire une société plus juste ne signifie pas toujours traiter tout le monde de façon identique ; cela implique parfois de donner davantage à celles et ceux qui ont historiquement reçu moins.Une société équitable n’est pas celle qui ferme les yeux sur les inégalités de départ, mais celle qui met en place les moyens nécessaires pour les corriger.

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