Droits des femmes

Faible présence des femmes dans les sciences : une exclusion organisée qui commence dès l’enfance

Elles réussissent mieux à l’école, mais restent minoritaires dans les filières scientifiques les plus stratégiques.

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 5 janvier 2026 · 3 min de lecture

Faible présence des femmes dans les sciences : une exclusion organisée qui commence dès l’enfance


Elles réussissent mieux à l’école, mais restent minoritaires dans les filières scientifiques les plus stratégiques. En France, la sous-représentation des femmes dans les sciences n’est ni un hasard ni une question de capacité : elle est le produit d’un système qui fabrique l’inégalité à chaque étape du parcours.


Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les femmes ne représentent qu’un tiers des chercheurs scientifiques et à peine un quart des ingénieurs en France. Une situation d’autant plus alarmante que les enjeux liés à la transition écologique, au numérique, à l’intelligence artificielle et à la santé exigent un vivier scientifique large et diversifié.

Loin d’être un problème individuel, cette absence est le symptôme d’une injustice structurelle qui prive les femmes de carrières d’avenir et la société d’innovations essentielles.


L’inégalité se construit dès l’enfance

Contrairement aux idées reçues, aucune différence cognitive n’existe à la naissance entre filles et garçons. Pourtant, dès l’âge de six ans, les filles intègrent l’idée que les mathématiques et les sciences seraient réservées aux garçons. Cette perception, largement documentée par le rapport de la délégation aux droits des femmes du Sénat, s’enracine dans les stéréotypes véhiculés par la famille, l’école et les médias.
Les garçons sont encouragés à prendre la parole, à expérimenter, à se confronter à l’erreur. Les filles, elles, sont souvent incitées à la prudence, à l’obéissance et au soin des autres.

À l’école, ces biais se prolongent parfois inconsciemment dans les pratiques pédagogiques. Résultat : alors même que les filles obtiennent de meilleurs résultats scolaires, leurs compétences scientifiques sont moins valorisées et moins projetées dans l’avenir.
Cette pression sociale alimente la « menace du stéréotype » : la crainte de confirmer un préjugé négatif affecte la confiance, augmente le stress et freine la réussite. L’injustice n’est donc pas dans les capacités, mais dans le regard posé sur elles.


Orientation et études : des choix encore profondément genrés

Au collège et au lycée, l’inégalité change de forme mais gagne en intensité. Les choix d’orientation demeurent fortement marqués par le genre, notamment depuis la réforme du baccalauréat.

En classe de première, les garçons restent largement majoritaires dans les spécialités mathématiques, tandis que les filles sont moins nombreuses à s’engager dans les options les plus exigeantes, pourtant déterminantes pour l’accès aux filières scientifiques.
Parler d’auto-censure serait réducteur. Le problème tient avant tout à un déficit d’information, à des projections professionnelles biaisées et à une orientation qui continue de reproduire des normes sexistes.

Les filles ne manquent pas de confiance : elles manquent de soutien institutionnel et de représentations accessibles.
Dans l’enseignement supérieur, la situation se durcit. Les femmes représentent plus de la moitié des étudiants, mais à peine 13 % des diplômés dans les filières STIM.

Dans les classes préparatoires scientifiques et les grandes écoles d’ingénieurs, leur présence chute brutalement. Sexisme ordinaire, isolement, violences sexistes et sexuelles contribuent à rendre ces espaces peu accueillants, poussant certaines à éviter ces parcours pourtant porteurs.

Carrières scientifiques : un décrochage qui appauvrit la société

Même lorsqu’elles parviennent à intégrer les sciences, les femmes y restent moins longtemps. Une sur deux quitte le secteur dans les dix années suivant l’obtention de son diplôme.

Les causes sont connues : biais à l’embauche, inégalités salariales persistantes, harcèlement, invisibilisation des travaux des chercheuses ,ce que l’on nomme l’« effet Matilda ».
Ce phénomène, souvent décrit comme un « tuyau percé », représente une perte immense. Pour les femmes, privées de reconnaissance et de stabilité professionnelle. Pour la société, qui se prive de talents indispensables à l’innovation et au progrès.

Face à ce constat, le rapport sénatorial plaide pour des mesures fortes : formation aux biais de genre, conditionnalité des financements publics, soutien à la parentalité, quotas et dispositifs incitatifs. Mais il insiste surtout sur une évidence trop longtemps négligée : l’égalité ne se décrète pas à la fin du parcours, elle se construit dès l’enfance.

Permettre aux femmes d’accéder pleinement aux sciences n’est pas une concession idéologique. C’est une exigence de justice, une nécessité économique et une condition essentielle pour bâtir une société plus innovante, plus équitable et résolument tournée vers l’avenir

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