Droits des femmes

Espagne : un mari condamné à payer 200 000 € à son ex-femme pour 25 ans de tâches ménagères. Et en Afrique ?

Un verdict inédit qui bouscule les rapports de genre Un tribunal espagnol de Vélez-Málaga a condamné un homme à verser 200 000 € à son ex-femme, Ivana, pour avoir assumé seule les tâches domestiques pendant 25 ans.

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 17 août 2025 · 3 min de lecture

Espagne : un mari condamné à payer 200 000 € à son ex-femme pour 25 ans de tâches ménagères. Et en Afrique ?

Un verdict inédit qui bouscule les rapports de genre

Un tribunal espagnol de Vélez-Málaga a condamné un homme à verser 200 000 € à son ex-femme, Ivana, pour avoir assumé seule les tâches domestiques pendant 25 ans.

Le couple, marié sous le régime de la séparation des biens, avait bâti une fortune estimée à 5 millions €. Mais ce patrimoine, fruit du travail professionnel du mari, reposait aussi sur le sacrifice invisible de son épouse, empêchée de travailler pour se consacrer au foyer et à l’éducation de leurs deux filles.

La décision judiciaire rare et symbolique reconnaît que le temps des femmes, captif des tâches ménagères, a une valeur économique. Le juge a ordonné en plus le versement d’une pension alimentaire et compensatoire, soulignant que l’injustice résidait dans l’absence totale de rémunération et de protection pour ce travail essentiel.

L’économie mondiale repose sur le travail invisible des femmes

Selon ONU Femmes, les femmes effectuent 76,2 % du travail domestique et de soins non rémunéré dans le monde. Ce volume représente une valeur économique estimée à 10 800 milliards de dollars par an (OIT, 2019), soit plus que le PIB combiné de l’Allemagne et du Japon.

En Afrique subsaharienne, une femme consacre en moyenne 4 h 30 par jour aux tâches ménagères, contre 1 h 20 pour un homme (Banque mondiale, 2021).Ce temps, consacré au foyer, prive les femmes de participation économique formelle : selon la Banque africaine de développement, l’Afrique perd environ 95 milliards $ par an faute d’inclusion économique des femmes. Ce « travail invisible » devient un piège à pauvreté : il enferme des millions de femmes dans la dépendance financière et accentue leur vulnérabilité en cas de divorce, séparation ou veuvage.

Une justice à inventer en Afrique

La jurisprudence espagnole interroge directement l’Afrique. Si de nombreux pays (Sénégal, Bénin, Côte d’Ivoire) reconnaissent juridiquement la contribution des époux au patrimoine commun, aucune législation n’indemnise explicitement les femmes pour les années de travail domestique. Or, dans les sociétés africaines où la division genrée des rôles reste très marquée, les femmes assument l’essentiel des tâches familiales.Leur contribution est donc systématiquement sous-évaluée, voire effacée.

Selon une étude d’ONU Femmes (2022), 9 femmes africaines sur 10 en union affirment que leur partenaire n’a pas de rôle majeur dans les tâches ménagères. En cas de divorce, la plupart se retrouvent sans ressources, malgré avoir assuré pendant des décennies la survie du foyer.

L’affaire espagnole offre un précédent :reconnaître juridiquement et compenser économiquement ce travail invisible. Il ne s’agit pas seulement de justice familiale, mais d’un enjeu de droits humains universels : donner une valeur réelle au temps, à l’énergie et aux sacrifices des femmes.

Chiffres clés sur le travail domestique des femmes

-76,2 % : part du travail domestique et de soins non rémunéré effectué par les femmes dans le monde (ONU Femmes).10 800 milliards $ : valeur économique estimée de ce travail invisible chaque année (OIT, 2019).

-4 h 30 par jour : temps consacré par une femme en Afrique subsaharienne aux tâches ménagères, contre 1 h 20 pour un homme (Banque mondiale, 2021).

-95 milliards $ par an : pertes économiques pour l’Afrique à cause de l’exclusion économique des femmes (BAD).

-0 pays africain : n’indemnise explicitement le travail domestique non rémunéré dans sa législation sur le divorce ou la séparation (ONU Femmes, 2022).

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