Droits des femmes

En milieu rural, les femmes victimes de violences conjugales face à un mur d’isolement et d’indifférence

Isolement géographique, dépendance économique, contrôle social étouffant. En France, près de la moitié des féminicides conjugaux se déroulent en zone rurale.

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 15 août 2025 · 2 min de lecture

Isolement géographique, dépendance économique, contrôle social étouffant.

En France, près de la moitié des féminicides conjugaux se déroulent en zone rurale. Ces territoires, où vit un tiers de la population, restent des angles morts de la lutte contre les violences faites aux femmes. Témoignages et réalités d’une double peine.

Isolement et dépendance : un terreau pour les violences

En 2016, Alice, mère de trois enfants, s’installe dans un hameau de 35 habitants dans la Drôme. Très vite, le climat de son couple se dégrade : humiliations quotidiennes, contrôle constant de ses faits et gestes, interdiction de travailler. « C’était comme s’il pénétrait en permanence dans mes pensées », confie-t-elle.Ce type de violences psychologiques, connues sous le nom de contrôle coercitif, reste difficile à sanctionner, bien qu’il soit en passe de devenir un délit pénal.

Les campagnes cumulent les obstacles : éloignement des services, absence de structures d’accueil, dépendance économique. Selon un rapport du Sénat (2021), les femmes rurales subissent une « double peine » : violences accrues et ressources limitées pour s’en sortir.

Contrôle social et omerta dans les villages

Dans les petites communes, la proximité sociale freine les démarches. Alice découvre qu’un gendarme ayant pris sa plainte jouait au tennis avec son ex-conjoint. « Tout le monde sait tout, tout le monde se connaît », résume la sociologue Johanna Dagorn, qui souligne le climat d’omerta entourant ces violences.

Le contrôle social agit comme un verrou : peur des représailles, méfiance envers les autorités locales, crainte que la parole de la victime ne circule dans la communauté.

Un accès à l’aide encore trop limité

Les victimes rurales se tournent davantage vers les médecins que vers la police, mais la pénurie de médecins en zone rurale complique l’accès à un soutien formel. Christelle, agricultrice dans le Loir-et-Cher, a déposé sept plaintes pour violences physiques, toutes classées sans suite. Certaines gendarmeries refusent même les dépôts en l’absence de certificat médical, pourtant non obligatoire.

Cette banalisation institutionnelle renforce le sentiment d’impunité des agresseurs et laisse les femmes dans une situation d’extrême vulnérabilité.

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