Droits des femmes

Du Sônangnon au matérialisme : quand une femme accepte d’être avec un homme après avoir déjà fait une vision sur son avenir.

Dans certaines cultures africaines, et particulièrement au Bénin, de nombreuses jeunes femmes s’engagent dans une relation après avoir projeté une "vision" sur l’avenir de leur compagnon.

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 9 septembre 2024 · 3 min de lecture



Dans certaines cultures africaines, et particulièrement au Bénin, de nombreuses jeunes femmes s’engagent dans une relation après avoir projeté une “vision” sur l’avenir de leur compagnon. Ce phénomène, influencé par des facteurs religieux et familiaux, tend à évoluer vers une forme de matérialisme moderne où le potentiel économique prime sur les sentiments. Enquête sur cette tendance de plus en plus courante.


Le “Sônangnon”, qui signifie “demain sera meilleur” dans l’une des langues béninoises, symbolise l’espoir d’un avenir prospère. Traditionnellement, cette croyance repose sur la persévérance, le travail acharné et la foi en un futur plus radieux. Pourtant, ce concept semble prendre un virage inattendu dans les relations amoureuses modernes. De nombreuses jeunes femmes, avant de s’engager, projettent une “vision” sur l’avenir économique de leur partenaire. Cette anticipation ne se limite plus à l’amour ou à la compatibilité émotionnelle, mais prend en compte le statut futur de l’homme et son potentiel à offrir un confort matériel.

La vision comme outil de décision amoureuse

Aujourd’hui, certaines femmes utilisent des pratiques religieuses pour confirmer leur choix de partenaire. Berline Kodja, étudiante en Master 2 de chimie vivante à Porto-Novo, en est un exemple frappant. Bien que son copain, étudiant en troisième année d’anglais, ne corresponde pas à son idéal de partenaire, elle a fait le choix de rester avec lui après des “visions” obtenues lors de jeûnes et d’ateliers nocturnes.

« Je ne l’ai pas choisi pour son apparence ou son parcours académique, mais parce que j’ai eu des visions qui m’ont montré qu’il est promis à un avenir brillant. Malgré les difficultés actuelles, je suis convaincue que Dieu a un plan pour lui, et j’ai décidé de rester à ses côtés », témoigne Berline.

Ce témoignage illustre une dynamique complexe où des considérations spirituelles se mêlent à des attentes matérielles. Bien que Berline justifie son choix par la foi, il est clair que cette projection d’un avenir meilleur pour son compagnon a également une dimension financière.

Un matérialisme soutenu par la pression familiale

Cette tendance à envisager l’avenir économique d’un partenaire est souvent renforcée par la pression parentale. Les parents, en particulier les mères, jouent un rôle crucial dans le choix amoureux de leur fille. Il n’est pas rare d’entendre des mères conseiller à leur fille de ne pas “ramener un pauvre” à la maison comme futur mari. Cette injonction vient d’une préoccupation légitime pour l’avenir de leur enfant, mais elle contribue également à alimenter une forme de matérialisme dans les relations amoureuses.

Les attentes des parents, combinées aux croyances spirituelles ou religieuses, créent un cadre où les jeunes femmes sont amenées à anticiper non seulement la stabilité émotionnelle, mais aussi le confort matériel que leur partenaire pourra leur offrir.

Une évolution vers un matérialisme moderne

Alors que le “Sônangnon” valorisait autrefois le travail et l’ambition collective pour construire un avenir meilleur, aujourd’hui, la projection d’une “vision” sur l’avenir d’un homme tend à s’orienter vers une évaluation de son potentiel financier. Ce changement n’est pas sans poser de questions. Est-ce une évolution inévitable dans un monde de plus en plus axé sur le matérialisme, ou cela reflète-t-il une perte des valeurs fondamentales du “Sônangnon” ?

Le choix d’un partenaire basé sur son avenir économique peut être vu comme un moyen pragmatique d’assurer une vie meilleure, surtout dans des contextes de précarité. Cependant, il soulève des questions sur la nature des relations amoureuses modernes et sur le risque de transformer des engagements basés sur l’amour en transactions fondées sur le profit.

Entre tradition et modernité

Le “Sônangnon” moderne semble naviguer entre l’espoir traditionnel d’un avenir meilleur et une vision plus matérialiste des relations amoureuses. Si pour certaines femmes, cette projection sur l’avenir de leur compagnon est une manière de sécuriser leur propre futur, cela pose aussi la question du rôle des sentiments dans la construction de relations authentiques.

La frontière entre vision spirituelle et anticipation matérielle est parfois floue. La modernité impose de nouveaux défis dans la façon dont les jeunes femmes, influencées par la religion et la famille, envisagent leur avenir amoureux. Entre amour et matérialisme, la ligne est souvent ténue, et le “Sônangnon” semble aujourd’hui revêtir une nouvelle forme, plus en phase avec les réalités économiques

Partager :

Dans la même rubrique