Droits des femmes

De la dépression au matricide : quand les femmes paient le prix du non-suivi psychiatrique

Le 10 avril 2025, dans la commune de Pikine Guinaw Rails, le Sénégal s’est réveillé meurtri par un drame qui interpelle plus qu’il ne choque.

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 15 avril 2025 · 2 min de lecture

De la dépression au matricide : quand les femmes paient le prix du non-suivi psychiatrique

Le 10 avril 2025, dans la commune de Pikine Guinaw Rails, le Sénégal s’est réveillé meurtri par un drame qui interpelle plus qu’il ne choque. Une mère a été tuée par son propre fils, un jeune étudiant en proie à de graves troubles mentaux.

Derrière l’horreur du geste, une réalité plus profonde se dessine : celle d’une société encore sourde aux cris des femmes, premières victimes collatérales de la négligence psychiatrique et du poids invisible qu’elles portent au sein des familles.

A. Diallo, étudiant à l’université Assane Seck de Ziguinchor, était suivi depuis plusieurs mois à l’hôpital psychiatrique de Thiaroye. Dépressif à la suite d’un épuisement intellectuel provoqué par ses efforts pour obtenir le baccalauréat, il sombre peu à peu dans un état de démence. Sa mère, présente, résiliente, décide de l’arracher à son isolement. Elle l’accompagne dans chaque étape du processus de soin, de la Casamance jusqu’au Fouta, tentant d’abord les remèdes traditionnels, puis s’orientant vers la médecine moderne.

Mais ce parcours, bien que courageux, s’est heurté aux limites d’un système de santé mentale encore trop fragile. Sans véritable encadrement thérapeutique continu, sans appui familial structuré, cette mère devient seule rempart contre la folie de son fils.

Le 10 avril, à Dakar, où ils s’étaient installés pour un nouveau rendez-vous médical, l’impensable se produit : dans la nuit, le jeune homme frappe sa mère à mort à l’aide d’une bouteille de gaz. Après le drame, il erre quelques heures avant de se rendre à la police de Tivaouane, les larmes aux yeux, incapable de comprendre l’ampleur de son acte.Ce féminicide, bien que commis dans un contexte de maladie mentale, n’est pas un cas isolé. Il révèle à quel point les femmes, au sein même de la cellule familiale, sont exposées à des violences invisibles, souvent psychologiques, parfois physiques, nées de l’absence d’accompagnement global. Trop souvent, ce sont elles qui assument les charges mentales, émotionnelles et médicales, jusqu’à l’épuisement… et parfois, jusqu’à la mort.Il est temps que la société sénégalaise – et au-delà – prenne conscience que la santé mentale est un enjeu de droits humains, et que la protection des femmes doit passer aussi par des politiques publiques robustes en matière de prise en charge psychiatrique, de soutien familial et de prévention des violences intrafamiliales.Il ne s’agit pas seulement d’un crime. Il s’agit d’un cri. Celui d’une femme qui, dans l’amour et le silence, a payé de sa vie l’indifférence institutionnelle.

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