Droits des femmes

Afrique : une avancée juridique majeure pour la protection des femmes et des filles

L’Afrique vient de franchir une étape décisive dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles. Malgré l’existence de plusieurs instruments juridiques, le phénomène persiste, voire s’amplifie.

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 30 mai 2025 · 3 min de lecture




L’Afrique vient de franchir une étape décisive dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles. Malgré l’existence de plusieurs instruments juridiques, le phénomène persiste, voire s’amplifie. L’Union africaine a donc décidé d’agir à travers un nouveau cadre, plus précis et actualisé.

Adoptée à Addis-Abeba lors de la 38ᵉ session de la Conférence de l’Union africaine, la Convention sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles (CEVAWG) constitue une première du genre sur le continent.

Elle complète les instruments existants comme la Charte africaine des droits de l’homme et le Protocole de Maputo, avec un accent plus marqué sur la lutte contre les différentes formes de violences.

Une convention ancrée dans les réalités africaines

Le texte démarre par un constat : les femmes et les filles sur le continent continuent d’être confrontées à des atteintes à leur intégrité, souvent ancrées dans des dynamiques complexes d’inégalités sociales, économiques et culturelles. Cette convention adopte une approche inclusive, prenant en compte des situations souvent peu visibles dans les textes antérieurs : violences numériques, contextes de crises humanitaires, déplacements de populations, entre autres.

Contrairement au Protocole de Maputo, qui envisage globalement les droits des femmes, le CEVAWG se concentre spécifiquement sur la lutte contre les violences. À titre d’exemple, l’article 7 insiste sur la nécessité de considérer les situations de vulnérabilité spécifiques (femmes âgées, en situation de handicap, déplacées, réfugiées, etc.).

Ce texte se démarque également par sa reconnaissance de la dimension intergénérationnelle et évolutive des violences, et par l’introduction de notions nouvelles adaptées au contexte actuel. Il promeut une approche collective, impliquant toutes les couches de la société dans un esprit de coopération et d’harmonie.

Trois piliers : prévention, protection, justice

La Convention repose sur une architecture solide articulée autour de trois axes majeurs :

Prévention (art. 10) : Les États s’engagent à adopter des politiques claires, promouvoir des normes sociétales positives et mettre en place des mesures éducatives. Il s’agit de créer des environnements propices à la non-violence, sans justification possible liée aux traditions ou croyances.

Protection et accompagnement (art. 11) : Il est question de la mise en place de structures d’accueil, d’assistance juridique, psychologique et sociale, mais aussi de mécanismes concrets de protection et de réinsertion.

Accès à la justice (art. 12) : Cet article engage les États à garantir un accès équitable et sûr à la justice pour toutes les victimes. Il appelle à des lois nationales centrées sur les besoins des survivantes, et à des procédures sensibles au genre.


Par ailleurs, l’article 5 impose aux États d’intégrer cette lutte dans leur législation pénale, avec des dispositifs budgétaires adaptés.

Une ambition juridique dépendante d’un engagement politique

Toute avancée légale suppose un engagement concret. La CEVAWG ne déroge pas à cette règle : son application effective dépendra de la ratification par au moins 15 États membres (art. 17). Ce n’est qu’à cette condition qu’elle entrera en vigueur. L’histoire d’autres textes africains montre qu’une telle étape peut s’avérer longue.

L’article 19 prévoit la possibilité pour les États d’exprimer des réserves, tant qu’elles ne compromettent pas l’esprit général de la Convention. Cette disposition peut, selon les cas, faciliter l’adhésion ou limiter l’uniformité d’application du texte.

Quant au suivi, il sera assuré par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples et la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples.

La qualité de leur action dépendra néanmoins de la coopération des États membres. Le système continental a besoin d’une dynamique plus soutenue pour garantir l’efficacité de ses mécanismes.

En conclusion : un jalon prometteur

Sans nier les défis à venir, l’adoption de cette convention constitue une avancée majeure. Elle place la lutte contre les violences au cœur de l’agenda africain en matière de droits humains. Le défi principal réside désormais dans la volonté des États à traduire ces engagements en actions concrètes et durables.

Lire, partager, en parler : chaque geste compte pour faire connaître cette initiative.


→ TÉLÉCHARGER LA CONVENTION ICI

Partager :

Dans la même rubrique