Droits des femmes

Afghanistan : quand 8 jeunes femmes sur 10 sont privées d’éducation et d’emploi

Un nouveau rapport d’ONU Femmes révèle une fracture historique des droits des Afghanes sous le régime taliban Un pays figé dans le temps : l’ombre des Talibans sur l’avenir des femmes Près de quatre ans après la reprise…

Par Bienvenue Lokossou · Publié le 29 août 2025 · 6 min de lecture

Afghanistan : quand 8 jeunes femmes sur 10 sont privées d’éducation et d’emploi

Un nouveau rapport d’ONU Femmes révèle une fracture historique des droits des Afghanes sous le régime taliban


Un pays figé dans le temps : l’ombre des Talibans sur l’avenir des femmes

Près de quatre ans après la reprise du pouvoir par les Talibans en août 2021, l’Afghanistan se retrouve à nouveau au cœur d’un paradoxe tragique. D’un côté, une population jeune, résiliente, avide de reconstruction ; de l’autre, un régime qui a choisi d’étouffer son plus grand potentiel : les femmes et les filles.

Le dernier rapport d’ONU Femmes, soutenu par l’Union européenne, sonne comme une alarme mondiale. L’« Indice de genre 2024 en Afghanistan » révèle que 78 % des jeunes Afghanes sont privées d’éducation, d’emploi et de formation. Un chiffre vertigineux, qui en dit long sur le gouffre creusé entre hommes et femmes : l’Afghanistan devient ainsi le deuxième pays au monde où les disparités de genre sont les plus marquées.

Selon l’étude, l’écart global atteint 76 % entre les sexes dans des domaines essentiels comme la santé, l’éducation, la prise de décision ou l’inclusion financière. À titre de comparaison, au niveau mondial, les femmes atteignent en moyenne 60,7 % de leur plein potentiel ; en Afghanistan, elles n’atteignent que 17 %.

Ces données ne sont pas seulement des statistiques. Elles traduisent un quotidien de privation, de silence imposé et de marginalisation institutionnalisée. Comme le résume Sima Bahous, Directrice exécutive d’ONU Femmes :

« La plus grande ressource de l’Afghanistan, ce sont ses femmes et ses filles. Leur potentiel demeure inexploité, mais elles persévèrent. »

Une femme afghane en burqa verse du lait tandis qu’une autre étudie, illustrant le quotidien de résistance et de survie des femmes en Afghanistan sous le régime taliban.Point de collecte de lait dans un village, soutenu par ONU Femmes, où les femmes peuvent vendre leur lait localement. District de Dara-i-Noor, province de Jalalabad, Afghanistan. 2025. Photo : ONU Femmes/Sayed Habib Bidell

Un potentiel brisé par des interdictions systématiques : les écoles secondaires et les universités fermées aux filles, l’accès aux formations médicales interdit, et même les emplois humanitaires ou administratifs désormais réduits à des exceptions rarissimes.


Entre résistance et survie : l’ombre des foyers et la lumière des initiatives

Au-delà des chiffres, c’est une vie quotidienne marquée par la précarité et l’injustice que subissent les Afghanes. Seules 24 % des femmes font partie de la population active, contre 89 % des hommes. Et encore, la plupart d’entre elles travaillent à domicile, dans des conditions précaires, sans protection sociale ni stabilité.

Le fardeau domestique pèse aussi lourd : 74 % des femmes consacrent leur temps aux corvées ménagères, contre seulement 3 % des hommes. Cette répartition inégalitaire, déjà accentuée par la culture patriarcale, s’est transformée en loi implicite sous les Talibans.

Pourtant, dans cette obscurité, des lueurs de résistance persistent. Dans certaines provinces, des coopératives de femmes soutenues par des ONG permettent de vendre du lait, du pain ou des artisanats locaux. Une forme de survie économique, mais aussi un acte politique : prouver que, même enfermées, les femmes restent actrices de leur destin.

Le rapport d’ONU Femmes rappelle également une donnée paradoxale : entre 2021 et 2022, le nombre de femmes cherchant activement du travail a quadruplé. Non pas par choix, mais par nécessité.

La crise économique aggravée par l’isolement international et la suspension de nombreuses aides – a poussé les ménages à mobiliser toutes leurs forces. Et dans un pays où l’homme est souvent au chômage ou sous-employé, ce sont les femmes qui, malgré les interdits, cherchent à nourrir leurs familles.

Mais la précarité financière reste abyssale. Les hommes ont trois fois plus de chances que les femmes de posséder un compte bancaire ou d’utiliser des services financiers numériques. Sans autonomie économique, les Afghanes demeurent prisonnières, dépendantes d’un père, d’un frère ou d’un mari.

Selon un témoignage rapporté par une ONG locale :
« Je voulais devenir infirmière. Aujourd’hui, je couds en secret pour les voisines. Avec l’argent, j’achète du pain. C’est risqué, mais si je m’arrête, mes enfants ne mangent pas. »


Le silence international face à une fracture mondiale des droits

Le constat est sans appel : l’Afghanistan a effacé ses femmes de la vie publique et politique. Aucune d’entre elles n’occupe un poste dans le gouvernement de facto ni dans les administrations locales. Ce recul historique empêche les Afghanes de participer aux décisions qui concernent leur avenir.

Ce silence imposé interroge aussi la communauté internationale. Car derrière les chiffres se cache une réalité géopolitique : comment réagir face à un régime qui impose la ségrégation de genre la plus stricte au monde ?

L’Union européenne finance des programmes de résilience, l’ONU multiplie les plaidoyers, mais sur le terrain, les marges de manœuvre restent limitées. Chaque initiative est négociée au prix de compromis avec les autorités talibanes. Pendant ce temps, des générations entières de filles voient leurs rêves s’évaporer.

Les comparaisons sont glaçantes : alors que dans d’autres régions du monde, des débats portent sur la parité en politique ou la féminisation des conseils d’administration, en Afghanistan, les jeunes filles n’ont même plus accès aux bancs de l’école secondaire.

Pour ONU Femmes, l’Indice de genre 2024 n’est pas qu’un tableau noir. Il se veut aussi un outil pour mesurer l’évolution future et maintenir la question afghane à l’agenda international. Mais sans pression politique réelle, les chiffres risquent de rester lettre morte.

Comme le souligne une militante afghane, restée anonyme pour sa sécurité :

« Nous ne demandons pas la charité. Nous demandons le droit d’exister, d’apprendre, de travailler. Si le monde ferme les yeux, nous disparaîtrons. »


Un enjeu universel : l’égalité comme condition de stabilité

Au-delà de l’Afghanistan, cette crise met en lumière une vérité universelle : aucun pays ne peut prétendre à la stabilité en excluant la moitié de sa population. L’histoire mondiale l’a montré : le développement économique, la paix durable et la démocratie reposent sur l’inclusion des femmes.

Ignorer cette évidence en Afghanistan, c’est accepter que des millions de femmes soient réduites à l’invisibilité, mais aussi fragiliser l’avenir d’un pays déjà au bord de l’effondrement humanitaire. Car une société qui ferme ses écoles aux filles est une société qui hypothèque son avenir scientifique, médical, culturel et économique.face à cela, les voix de résistance se multiplient : associations en exil, campagnes en ligne, initiatives clandestines d’éducation.

Des petites écoles secrètes, appelées « écoles de l’ombre », continuent d’enseigner aux jeunes filles dans des caves ou des maisons privées. Un acte de courage, mais aussi une preuve que l’éducation ne peut pas être effacée par décret.


Un écart de genre parmi les plus graves au monde

L’Indice de genre 2024 lancé par ONU Femmes révèle que l’Afghanistan est désormais le deuxième pays au monde où les inégalités entre les sexes sont les plus marquées. L’écart entre les hommes et les femmes atteint 76 % dans des domaines clés comme la santé, l’éducation, l’inclusion financière et la prise de décision.

Alors que dans le monde, les femmes atteignent en moyenne 60 % de leur potentiel d’accès aux opportunités, les Afghanes plafonnent à 17 % seulement. L’« Indice de genre 2024 en Afghanistan » n’est pas seulement un rapport technique. C’est un miroir, brutal et nécessaire, qui reflète la condition des Afghanes sous les Talibans. Il montre un pays où 8 jeunes femmes sur 10 sont condamnées au silence éducatif et économique, où l’écart entre les sexes atteint des proportions inédites, où l’avenir se joue derrière des portes closes.

Pourtant, au cœur de cette obscurité, les Afghanes continuent de se battre. Elles cousent, elles enseignent en secret, elles protestent à voix basse, elles portent le poids du quotidien. Elles rappellent au monde que leur combat n’est pas seulement une question de droits humains, mais de survie collective.

À l’heure où l’attention internationale fluctue, une vérité demeure : ignorer les Afghanes, c’est condamner l’Afghanistan.

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